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Blog mis à jour: 24/04/2008 16:39




Cyril Brun

 

Après une maîtrise d'histoire médiévale, trois années de philosophie, un DEA d'histoire patristique, deux années de théologie, je poursuis mes recherches sur l'application de la foi chrétienne dans la société en économie et en politique. Je suis membre du GRHIS de l'Université de Rouen. Directeur de l'Institut Guillaume de Volpiano de septembre 2006 à juin 2007. Actuellement, j'achève ma thèse et une formation en théologie à l'Université Pontificale de la Sainte Croix à Rome.

Depuis 2001, je me suis spécialisé en Doctrine Sociale de l'Eglise. Je viens d'achever un livre , Pour une spiritualité sociale chrétienne, aux Editions Tempora.

http://www.editionstempora.fr/

Vous pouvez également me retrouver sur Christicity.com  (http://www.christicity.com)

Musicien, ancien chef d'orchestre (j'ai suivi les cours de direction au CNR de Lyon) , ancien directeur artistique de l'Abbaye de Fécamp, j'occupe ce qu'il me reste de temps libre à ma passion, les spectacles musicaux, entre deux sorties en aviron ou à la montagne et quelques articles dans le magazine Res Musica.(www.resmusica.com)



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[01/09/2006 14:58]
La doctrine sociale de l’Eglise aujourd’hui, forces et faiblesses



Dire que la doctrine sociale de l’Eglise date de Léon XIII, peut être une réalité historique quant à la forme, mais non quant au fond. La constitution Gaudium et spes du Concile Vatican II, en cherchant à rejoindre les espoirs et les joies des hommes de son temps, rappelle longuement qu’il est intrinsèque à l’Eglise de prendre position sur les faits de société dans quelque domaine que ce soit. Avec Léon XIII, nous assistons à la progressive émergence de la vision, non pas nouvelle, mais synthétique que la foi catholique porte sur le monde. Comme souvent dans l’Eglise, les définitions de fois sont impulsées par les besoins concrets des hommes dans leur quotidien actuel. Par sa doctrine, l’Eglise catholique cherche donc à répondre aux questions présentes, avec des solutions modernes puisées dans la manne des Ecritures Saintes et de sa Tradition. Chaque Pontife, à des degrés divers, a apporté sa pierre à l’édifice de ce qu’il est désormais convenu d’appeler ‘La doctrine Sociale de l’Eglise’. Les documents magistériels, se succèdent donc de Léon XIII à Jean Paul II. Pour ce dernier l’implication concrète et active dans le monde de son temps fut une donnée majeure de son règne. Les études sur son rôle dans la chute du régime soviétique abondent pour un sujet qui fut de loin un des piliers de la popularité et de l’influence considérable de celui qu’au jour de sa mort les catholiques appelaient déjà Jean Paul II le Grand.
            Si son influence ne s’est pas limitée aux événements de 1989, elle ne s’est pas non plus cantonnée aux seuls catholiques. Ce qui est vrai de tout pape le fut encore davantage par la puissance médiatique du dernier pontife du XXème siècle. Omni présent par ses déplacements, ses prises de positions, mais aussi par l’ombre de son charisme qui indéniablement planait sur le monde, il semble pourtant moins connu du grand public dans son action sociale et économique. Ses détracteurs ne retenant souvent que les questions morales, auxquels ‘s’accrochait’ le vieux polonais, Les médias ont passé sous silence une œuvre colossale qui prit pourtant un tournant en 1987 avec la parution de l’encyclique Sollicitudo Rei socialis (SRS). Pourtant ce document fit grand bruit dans les chancelleries qui toutes se voyaient concernées, l’une par la critique du socialisme, l’autre par l’attaque du libéralisme outrancier ou par des remises en cause du gouvernement mondial. Les mouvements catholiques américains eux-mêmes réagirent violemment contre ce pontife trop entreprenant.
La question nouvelle de la solidarité et des structures de péchés fit école et inspira dès lors de nouveaux mouvements et comme un sursaut et une prise de conscience chez les catholiques eux-mêmes, du trésor de tradition sociale qui était la leur.
Il  y a réellement un avant et un après Jean Paul II dans la doctrine social de l’Eglise. Et la césure se situe avec cette encyclique, apparemment perdue aux milieux de nombreuses autres plus populaires et sans doute plus personnelles à Jean Paul II que ce document issu des réflexions des évêques du monde entier et du travail des dicastères romains.
Il ressort pour l‘instant, une grande diversité. Les milieux politiques semblent avoir été plus touchés et concernés que les entreprises. Les grands organismes internationaux ont à plusieurs reprises fait échos de manières diverses, aux propositions ou réactions pontificales. Il est ici délicat de publier encore les diverses actions internationales, notamment par les nonces auprès des Nations Unies, sans entraver leur action présente. Néanmoins, les diverses interventions, le plus souvent indirectes sont extrêmement importantes et écoutées. Quelle option choisira la diplomatie vaticane avec Benoît XVI ? La question mérite d’être posée et pour l’heure, la réponse n’est pas claire. Une certaine continuité, assurément sur le fond, mais il est probable que la forme soit différente.
Le conseil Pontifical Justice et Paix a pris une véritable envolée, sous le pontificat polonais et particulièrement dans les quatre ou cinq dernières années. Toutes les déclarations vaticanes montrent que Jean Paul II, comme Benoît XVI, entendent mettre à l’ordre du jour la Doctrine Sociale de l’Eglise.
Le récent compendium, pour sa part,  se révèle très clair sur un point. La doctrine sociale n’est pas une science annexe et surérogatoire. Comme le disait l’encyclique Sollicitudo Rei Socialis, c’est une part de la théologie morale. Or la théologie morale qualifie le comportement ordinaire et quotidien du fidèle catholique. Depuis quelques années, en effet, nous assistons de façon très nette à une vision totalisante de la doctrine sociale. L’Eglise romaine entend prendre position dans tous les domaines qui concernent l’homme et la société dans le quotidien le plus ordinaire. La place accordée au travail et l’attention apportée aux différents modèles économiques, dans les documents magistériels, montrent combien le Vatican ne souhaite pas rester en marge de la vie concrète de chaque homme. Déjà avec Pie XII, mais de façon massive avec Jean Paul II, la doctrine sociale de l’Eglise n’est plus un ensemble de discours ponctuels sur des situations concrètes, mais une doctrine unifiée et cohérente qui entend irriguer toute la vie politique, sociale et économique mondiale.
Toutefois, Cette volonté issue des milieux romains rencontre de très lourdes et nombreuses réticences, à l’intérieur même du monde catholique. Parmi celles-ci, le lourd héritage d’une certaine vision du concile Vatican II, pour laquelle, il fallait agir de façon cachée, tel le levain dans la pâte. Cette attitude qui contient une part de vérité a eu, dans le monde occidental et particulièrement français, le désastreux effet de conduire à une désertion de l’espace public et par là même d’ouvrir à une attitude aux aspects schizophrènes entre une vie privée catholique et une vie publique de laquelle la foi est absente. Aujourd’hui pour nombre de catholiques, l’engagement politique est devenu suspect, alors que l’implication dans le monde économique de l’entreprise se limite à l’exemple. Or, les structures de péché que Jean Paul II est le premier à développer dans son encyclique de 1987, sont tellement fortes que l’exemple ne suffit plus. D’où les appels répétés du pape polonais et déjà de son successeur, pour inciter les fidèles à compléter leur vie d’exemple par un engagement concret dans la lutte contre ces structures. Mais ici deux handicaps frappent désormais les catholiques. L’enfouissement post conciliaire laisse les catholiques totalement désorganisés et souvent isolés. Les quelques rares structures qui existent encore où qui voient le jour ne suffisent pas à redresser la barre d’un navire que les évêques ont dû mal à lancer sur la voix de la doctrine sociale de l’Eglise. La France est à ce sujet particulièrement paralysée par son passé concordataire. Bien des réflexes demeurent d’un autre âge, tandis que la peur d’être trop lié au monde politique et économique guide certains comportements parfois idéologiques. La différence d’attitude de l’épiscopat français et espagnol face au PACS est à cet égard très révélatrice.
Il n’existe pas en France, ni même en Europe d’incitation de la part des évêques, ni de ligne conductrice fédératrice et ce malgré les appels répétés du Saint Siège. Les initiatives sont souvent isolées et parfois même entravées par la hiérarchie locale qu’il faut bien reconnaître dépassée voire inquiète.
Nous assistons donc à une véritable fracture entre l’action romaine et son relais local. Fracture également entre l’Eglise locale et un certain nombre d’acteurs politiques et économiques qui se sentent délaissés par la hiérarchie et qui s’épuisent souvent pour de maigres résultats. Cette absence de coordination et d’impulsion locales est probablement à l’heure actuelle le frein majeur au développement de la doctrine sociale de l’Eglise dans le monde occidentale au moins et européen particulièrement.
L’autre obstacle de taille est le désert théologique des fidèles. Il est très frappant de voir un immense décalage entre la soif de savoir des jeunes générations et le vide réel de leurs connaissances théologiques, spirituelles et donc morales. Aujourd’hui, des élèves diplômés d’HEC, des docteurs en toutes disciplines, des grands chefs d’Entreprises, véritables spécialistes, accusent un niveau catéchétique moyen de CM2. La foi chrétienne et donc l’une de ses expressions qu’est la doctrine sociale, ne repose sur aucune formation solide. De sorte que les concepts philosophiques et théologiques, mêmes élémentaires demeurent hermétiques à la plupart des acteurs économiques et politiques. Ainsi, leur discours est-il au mieux empreint de contradiction, au pire inexistant. Concrètement cela donne un ensemble d’acteurs économiques, sociaux et politiques totalement démunis face aux situations de leur quotidien. L’expérience montre alors des entrepreneurs dépassés et parfois mortifiés par d’énormes cas de conscience. La question ‘qu’est-ce que je dois faire en tant que chrétien’ est omniprésente. Il y a donc un énorme déficit de formation de base et par la suite plus spécifiquement de connaissance de la doctrine sociale. Les quelques mouvements chrétiens qui tentent d’œuvrer dans ce domaine sont souvent contraints de se replier sur une vague formation spirituelle, pour satisfaire la demande existentielle de leurs membres.
Aussi, alors que Jean Paul II et à sa suite le conseil pontifical Justice et Paix, ne cessent de promouvoir et de redorer le blason de la doctrine sociale, la réception de celle-ci demeure très inégale. Les réticences de fonds côtoient les handicaps de formes.
Malgré cela, certains thèmes propres à Jean Paul II ont fait leur chemin, mais par d’autres biais. Ainsi en est-il de la solidarité et des structures de péché, tous deux abordés dans Sollicitudo Rei Socialis. Les termes eux-mêmes n’ont peut-être pas eu le même succès que ce qu’ils recouvrent, même si bien souvent, ils ont pu être récupérés voire défigurés. La solidarité chrétienne n’est en rien la solidarité telle que l’entend le langage commun. Ce que le langage commun appelle solidarité, le pape le considère comme charité. La solidarité au sens chrétien du terme est cette unité organique du genre humain par laquelle  ce que fait un membre de la communauté humaine rejaillit sur l’ensemble de la communauté. Cette solidarité est, de façon connexe, le principe des structures de péché, car celles-ci sont imprégnées dans l’ensemble du tissu social, matrice de la solidarité. C’est en vertu de ces deux points forts du message pontifical que le pape a voulu inviter les fidèles catholiques à faire du message social de l’Eglise la règle ordinaire de leur vie. Nous avons vu combien le résultat est encore incertain. Toutefois, l’omniprésence pontificale a contribuée de façon certaine à rappeler aux catholiques que la foi n’est pas compartimentée. Il faut néanmoins noter que cette attitude du magistère est loin d’être partagée par l’ensemble des fidèles et particulièrement les plus de 50ans, fortement marqués, même de façon indirecte, par l’Action Catholique et le principe de l’enfouissement. Les jeunes générations sont très nettement plus ouvertes à ce message, alors qu’elles sont sans doute les plus démunies. Il y a donc eu un immense impact dû au charisme propre du souverain pontife sur cette ‘génération Jean Paul II’. Mais cet impact qui a sans doute changé les mentalités, se trouve limité quant aux implications concrètes dans la société, comme le souhaitait Jean Paul II. Il resterait à voir qu’elle fut le rôle, ou l’absence de rôle des différents épiscopats. Ont-ils pris la mesure de ce changement ? Quelles réponses sont-ils en mesure d’apporter ?
Enfin, les réticences ne sont pas que catholiques. Les protestants ont énormément contribués à porter un certain discrédit sur le message social de l’Eglise. La part des médias reste énorme dans la déformation du message, mais surtout dans le modelage d’un bien pensant généralisé qui reste , en dehors de l’Eglise, l’obstacle le plus lourd, aux formes et aux répercussions multiples. Ainsi, la peur, le ridicule, l’amalgame, la culpabilisation et la désinformation, côtoient régulièrement les procès d’intentions et les jeux, nombreux, sur le mode du sensible.

 

            Il y a donc un défi majeur à relever, par les jeunes générations. En auront-elles le courage ? Il est clair que l‘avenir social et économique dépendra de leur réponse aux invitations répétées des souverains pontifes.
            Il est clair aussi qu’un simple engagement politique ou économique ne suffit pas. Il faut également se réapproprier et faire siennes l’ensemble des valeurs chrétiennes humaines et spirituelles.
           

 





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