Avant d’appliquer la prière psalmique à la prière chrétienne, entrons plus avant dans l’étude du contenu et de la forme des psaumes. C’est de soi une large explication de la prière. Il y quatre genres bien distincts dans les psaumes. Vous n’êtes pas sans savoir que les psaumes sont la prière du Christ et de l’Église, que les psaumes ce sont les mots mêmes de Dieu pour prier Dieu. Il est très instructif d’étudier les psaumes, pour connaître ce qu’est la prière. Alors en voici une rapide ébauche.
Distinguons l’hymne pour commencer. D’abord chant de victoire puis chant liturgique, l’hymne se structure en trois parties : l’invitatoire ; l’exposé des motifs de la louange ; une conclusion. L’invitatoire est la caractéristique de l’hymne, c’est une exhortation à la louange. L’objet de la louange est Yahvé ou son nom. L’invitatoire suppose un auditoire et donc une dimension communautaire de la louange. C’est le sentiment d’admiration qui pousse à exhorter à la louange. La conclusion va souvent reprendre un des thèmes de l’hymne et lui donner une dimension d’éternité.
L’hymne correspond au besoin le plus profond de toute religion : adorer dans la poussière celui qui est au dessus de tout. La perspective de l’hymne est théocentrique. Elle parle de Dieu à Dieu. Les hymnes babyloniennes ou égyptiennes comportent toujours une supplication qui transforme l’hymne en demande de faveur ce qui n’est pas le cas de l’hymne hébraïque. En Israël, la louange est gratuite. Dieu est loué pour sa beauté ou la beauté de ses actes. La louange divine est considérée comme l’attitude humaine la plus commune. Le vivant, dans la Bible, est celui qui loue. Les morts ne louent pas Dieu (voir Ps 115,17-18). Le Dieu loué est grand, transcendant ; or cette transcendance est indicible, d’où le recours au langage poétique de la mythologie. Dieu n’est pas décrit, ce que l’on célèbre, c’est son dynamisme et sa Puissance. C’est le Dieu vivant qui s’oppose aux idoles mortes et, à ce titre, il intervient dans l’histoire. Aussi, la louange est-elle commémorative : Dieu est loué pour ses interventions plus que pour ce qu’il est ; mais la louange est une confession de foi admirative dans l’action de Dieu et non une action de grâce. La louange inclut l’action de grâce, mais la déborde largement. Pour le remerciement, il suffit de deux personnes, le bienfaiteur et le bénéficiaire, tandis que pour la louange, il faut un auditoire, tant pour louer que pour témoigner des bienfaits. Israël ne remercie jamais ni Dieu, ni les hommes ; la bénédiction tient la place du remerciement. Quand Dieu bénit, il ne s’agit pas d’un remerciement, mais d’un don par lequel Dieu communique sa vie. Quand l’homme bénit Dieu, il reconnaît que Dieu est source de tout. Quand l’homme bénit son prochain, il sert de canal aux bénédictions de Dieu qu’il appelle sur autrui ; ce qui est autrement plus fort que de remercier, car en remerciant je n’apporte rien, en bénissant je donne Dieu lui-même.
Les deux événements les plus fréquemment loués sont l’Exode et l’Exil. L’Exode est en effet la première intervention de Dieu dans l’histoire d’Israël. Israël n’est né que parce que libéré de l’esclavage. Aussi cette libération est-elle l’événement type d’Israël : tout est lu et vu à cette image. La Création est vue comme un exode au niveau de l’univers. Si nous reprenons la Genèse, c’est par un combat que Dieu crée le monde en séparant les eaux. C’est déjà une libération du chaos. Dans une théologie plus avancée, les chrétiens y verront une libération du néant. Pour les juifs, savoir que Dieu a libéré son peuple et créé l’univers est sécurisant, car il a pouvoir sur lui. En Mésopotamie, à la même époque, le jour de l’an est conçu comme un jour déterminant pour l’année entière car dans un combat les dieux bons ou mauvais vont décider de ce que sera l’année. D’où une insécurité permanente qui domine dans la littérature angoissée et inquiète de Babylone.
Mais Dieu est aussi proche de l’homme, il prend intérêt pour chacun. Cette humanité des psaumes est propre à Israël. Il est aussi beau pour Dieu de créer l’univers que de soutenir un faible. Finalement, l’unique originalité biblique dans le Proche Orient ancien est que Dieu intervient dans l’histoire et fait alliance. L’histoire, et c’est capital, se fait à deux ! C’est LA clef de lecture de la Bible. Dieu intervient et intervient en libérateur pour faire alliance avec son peuple. Au demeurant, les verbes sont tous au présent car Dieu intervient en permanence.
Nous retiendrons donc que l’état normal de l’homme c’est la louange. Lorsqu’il sort de la louange c’est que quelque chose n’est plus à sa place et alors, il supplie. La supplication comprend généralement six parties. Un cri d’appel vers Dieu ; l’exposé de la situation ; une protestation de confiance ; une demande d’intervention ; les motifs qui justifient d’être entendus et une action de grâce. Le cri d’appel est lancé vers Dieu à l’impératif : « Prends pitié de moi ; viens à mon secours… » Ils introduisent l’exposé de la situation. Ce dont se plaint le psalmiste c’est d’une situation dénaturée qui lui a fait perdre l’état normal de louange dans lequel il se tenait jusque là. Il se plaint de ne pas avoir ce qui lui est nécessaire pour vivre auprès de Dieu, d’où une protestation de confiance qui est souvent un appel au passé. Dieu est déjà intervenu, il n’y a pas de raison qu’il laisse son enfant abandonné. Vient alors la demande d’action, mais la demande a pour objet fondamental Dieu Lui-même. Le psalmiste ne dit pas à Dieu comment il veut être comblé ou exaucé, il lui demande un retour à la normale qui lui permettra d’être heureux, à savoir louer Dieu en paix ; puis l’action de grâce vient conclure toute supplication. Le mouvement spirituel du psalmiste est riche d’enseignement. Il se trouve dans un état normal et habituel de louange, de communion intime avec Dieu, mais quelque chose (qui peut être son péché) lui fait perdre cette intimité et donc son bonheur. Il quitte alors la louange pour demander à Dieu de lui donner ce qu’il lui faut pour retourner à la louange. Confiant d’être exaucé, il retourne à la louange par l’action de grâce. Les supplications qui représentent tout de même un tiers des psaumes ne sont pas des demandes au sens où elles ne demandent jamais rien d’explicite. Le psalmiste se contente d’exposer sa détresse et, confiant dans la bonté de Dieu à son égard, il laisse Dieu libre d’agir à sa guise. Lorsque nous formulons une demande, nous sommes plutôt enclins à exposer le problème et à choisir nous- mêmes la solution (contre un cierge de préférence !). Or dans les psaumes, la partie la plus détaillée n’est pas la demande, mais l’exposé de la situation. Il y a une dimension d’abandon et de confiance en la volonté divine que la demande ne déploie pas.
Comparativement, dans les complaintes babyloniennes le psalmiste se livre souvent à un long monologue désespéré, tandis que le psalmiste biblique dialogue avec Dieu. (‘Quand je crie tu réponds’). Le vrai problème c’est justement quand Dieu ne répond plus. D’où l’unique question réellement angoissante : pourquoi ? Que se passe-t-il ? Le silence de Dieu n’est pas habituel. La mort c’est Dieu qui n’intervient plus. D’où l’angoisse fondamentale de la rétribution. La maladie qui ouvre à la mort est un silence de Dieu, une conséquence du péché (comme à Babylone). Comment le juste peut-il mourir alors ? Comment le juste peut-il être soumis aux ennemis ? Comment le juste peut-il souffrir ? Ce sont là les trois objets de la supplication qui au fond se résume en une seule, ne pas être abandonné de Dieu. Et c’est une exigence de justice. Comment Dieu peut-il abandonner quelqu’un qui l’aime ? Aussi, le psalmiste qui vit ces douleurs se définit-il comme un pauvre humilié, mais ce qui est magnifique dans ce cri de détresse, c’est sa finale en action de grâce. N’est-ce pas l’attitude du Christ sur la croix qui fait l’expérience de l’abandon et de la souffrance ? « Père pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri n’est autre que celui que le psalmiste lance dans le psaume 22 et qui se déploie en supplication « sauve moi de la gueule du lion » (Ps 22,22), mais qui se termine en magnifique louange d’espérance : « “J'annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai : Vous qui craignez Yahvé, louez-le, toute la race de Jacob, glorifiez-le, redoutez-le, toute la race d'Israël.” Car il n'a point méprisé, ni dédaigné la pauvreté du pauvre, ni caché de lui sa face, mais, invoqué par lui, il écouta. De toi vient ma louange dans la grande assemblée, j'accomplirai mes vœux devant ceux qui le craignent. Les pauvres mangeront et seront rassasiés. Ils loueront Yahvé, ceux qui le cherchent : “que vive votre cœur à jamais !” Tous les lointains de la terre se souviendront et reviendront vers Yahvé ; toutes les familles des nations se prosterneront devant lui. À Yahvé la royauté, au maître des nations ! Oui, devant lui seul se prosterneront tous les puissants de la terre. » Ps. 22,23-30
Les supplications ont d’abord été nationales face aux épreuves, puis elles sont devenues plus individuelles dans la détresse personnelle. D’ailleurs, le psalmiste passe indifféremment du ‘je’ au ‘nous’. La dimension de solidarité est essentielle.
La louange et la supplication sont donc les deux attitudes fondamentales du psalmiste et de ce fait du chrétien, mais, redisons-le, la louange est la situation normale. Elle se distingue de l’action de grâce qu’elle n’exclut pas. Tout comme la supplication interrompt la louange pour demander une aide afin de pouvoir retourner à la louange, l’action de grâce retrouve le chemin de la louange.
À côté de ces psaumes, se trouvent les psaumes dits de confiance. Ils se situent entre la supplication et l’action de grâce où l’on retrouve des manifestations de la confiance, mais il existe des psaumes dont l’objet est d’exprimer la confiance en Dieu forteresse, refuge, héritage… Ici, le psalmiste entre dans le mystère même de Dieu. Ce n’est plus son action qui est centrale, mais Dieu lui-même dans sa relation avec le psalmiste. C’est ici que surgit l’espérance d’une communion éternelle que la mort n’interrompra pas (voir ps. 16 ; 49 ; 73). Dans l’Ancien Testament, trois voies nous conduisent peu à peu à la résurrection : la voie mystique qui expérimente la confiance comme le psaume 16 ; le martyre qui prend toute sa dimension au IIe siècle avec la persécution d’Antiochus Épiphane. Comment concevoir que Dieu abandonne, ne récompense pas ceux qui meurent pour lui ? La résurrection est précisément cette récompense ; et enfin, la sagesse issue des Grecs d’Alexandrie qui introduit l’immortalité et l’incorruptibilité.
Enfin, pour être complet, il me faut évoquer en passant la quatrième catégorie que sont les psaumes didactiques. Le but principal de ces psaumes est l’enseignement et la contemplation. Ils répondent aux questions qui se posent devant l’expérience concrète de la vie, avec le problème de la rétribution, de la Loi et de la crainte de Dieu. Fondamentalement, il y a deux voies : celle du juste et celle de l’impie, d’où la question de la rétribution, du bonheur et de la souffrance, et de la fragilité humaine. Le juste est nécessairement récompensé et l’impie puni (ps. 34), mais la vie nous montre que ce n’est pas toujours le cas (ps. 73). Car le bonheur que donne Dieu n’est pas terrestre, c’est Dieu lui-même (ps. 17,13).
Fort de tout cela qu’est-ce que l’oraison ?
Comme les psaumes nous y invitent, il faut d’abord et avant tout la voir comme une initiative d’amour de la Sainte Trinité à l’égard des âmes, comme une effusion de sa miséricorde en nous, comme une sorte de prolongement de l’incarnation du Verbe dans ses membres.
L’oraison est d’abord un dialogue avec la Sainte Trinité, encore que cette expression introduise dans l’essentiel quelque chose d’accidentel : le langage humain. Voilà pourquoi il conviendrait encore mieux de dire que l’oraison est un échange d’amour entre l’homme et Dieu. Les âmes qui désirent s’entretenir avec Dieu ne doivent se préoccuper que d’une chose : aimer ou plutôt répondre aux avances d’un Dieu qui se donne par amour. Voilà pourquoi saint François de Sales assimile l’oraison à une ‘théologie mystique’ : théologie parce qu’on n’ y parle que de Dieu ; mystique parce qu’elle tend non à la connaissance spéculative de Dieu, mais à l’amour de Dieu. Elle nous rend non pas savants, mais ‘ardents, affectionnés, amateurs de Dieu.’« La conversation y est toute secrète et il ne s’y dit rien entre Dieu et l’âme que du cœur à cœur par une communication incommunicable à tout autre qu’à ceux qui la font. »
Pour connaître cet échange d’amour dans sa perfection totale et absolue, il n’est qu’un moyen, auquel nous ouvrent les psaumes de louange notamment : contempler cette vie infiniment amoureuse du Père et du Fils dans la Sainte Trinité. N’oublions pas, en effet, que nous sommes créés à l’image de Dieu, aussi observer Dieu nous révèle à nous-mêmes ce que nous sommes. Les trois personnes divines sont venues habiter en nous pour nous faire participer à cet amour trinitaire. Il est donc important que les âmes connaissent ce qu’elles doivent imiter et reproduire : le mystère de la vie de Dieu dont l’oraison n’est autre que le prolongement. Voilà la réalité absolue de la prière, prolonger en nous la vie divine. L’idéal de l’oraison n’est donc pas dans la multiplicité des pensées et des actes, mais dans l’union de l’âme avec Dieu, produite par l’amour. Puisque l’amour du Père et du Fils conduit à leur unité, notre oraison doit être à cette image.
L’oraison n’est pas un acte d’amour humain excité par la beauté de Dieu, mais une participation de grâce à la communion des personnes divines. L’oraison est donc l’activité la plus humaine que nous puissions accomplir, car rien ne nous exalte plus que l’amour. C’est en même temps l’activité la plus surhumaine, car elle nous fait sortir des limites du créé et vivre de la vie même de Dieu. L’oraison est donc, par essence, un acte de charité active. C’est ainsi que la louange est comme nous l’avons vu l’état permanent de l’homme. Dès qu’elle fait oraison, l’âme vit déjà sur terre de la vie qu’elle possèdera éternellement, car la béatitude éternelle est une éternelle oraison. La seule différence est que la lumière de gloire transformera sa contemplation en vision face à face de la Sainte Trinité ; ce sera alors un éblouissement que la foi ne lui avait jamais donné.
En outre, parce qu’elle est un échange d’amour avec Dieu, l’oraison est une libération de l’amour humain, une libération des profondeurs de notre être. « Toute la souveraineté et la liberté du monde, comparées à la liberté et à la souveraineté de l’esprit de Dieu ne sont que servitude profonde, angoisse et esclavage […] toutes les richesses et la gloire des créatures comparées à la richesse souveraine qui est Dieu ne sont que pauvreté absolue et misères profondes. » Saint Jean de La Croix nous permet de comprendre que cette lumière s’obscurcit dès que l’âme n’est plus en oraison et se livre de nouveau aux luttes que demande la vie quotidienne ; la lumière divine semble elle-même s’éteindre. Au contraire, si l’âme se remet en oraison, elle voit clairement que « toute la beauté des créatures comparée à la beauté infinie de Dieu n’est que souveraine laideur » (Montée du Carmel I, IV).
C’est pour cela que dans son Dialogue avec sainte Catherine de Sienne, Dieu invite à l’oraison permanente qui, comme l’explique saint Augustin est le désir. Si j’ai en moi ce désir permanent de Dieu, alors mon âme est toujours orientée vers Lui. La prière n’est rien d’autre que cela. J’ai parlé en d’autres endroits du désir, je n’y reviens donc pas ici. L’oraison est encore une libération de l’intelligence parce que l’amour fait connaître Dieu d’une façon supérieure à la science théologique. Parce que l’oraison est un échange d’amour, l’amour que l’âme reçoit de Dieu est une expérience ineffable. Dieu y fait souvent croître la lumière par l’amour. Cette connaissance expérimentale et savoureuse de Dieu est le fruit du don de Sagesse. « Une âme, dit saint Thomas, peut connaître par expérience qu’elle a la grâce en percevant qu’elle fait ses délices de l’action de Dieu. » L’expérience de Dieu peut nous conduire bien plus loin dans l’amour que la connaissance. La comparaison des psaumes et des traités théologiques suffirait à nous en convaincre. Et sainte Thérèse de conclure : « Le progrès de l’âme ne consiste pas à penser beaucoup, mais à aimer beaucoup » ( Les fondements, V).
Aussi est-il important de garder à l’esprit que faire l’expérience de l’amour de Dieu, ce n’est pas toujours faire l’expérience de la consolation : « Non l’amour ne consiste pas à répandre des larmes, ni à goûter ces douceurs et ces tendresses que l’on désire ordinairement pour y trouver de la consolation. Il consiste à servir Dieu dans la justice, dans la force d’âme et dans l’humilité. Sans cela, nous semblerions toujours recevoir et ne rien donner... »(Thérèse, Vie par elle-même, XI).
Pour nous résumer à ce moment de notre entretien, retenons cinq points fondamentaux. L’oraison n’est pas seulement ni premièrement humaine, elle vient de Dieu. Elle n’est ni pensée ni spéculation. Elle n’est ni consolation ni émotion. Elle n’est pas effort de la volonté, exercice ascétique ni vertu. Tout cela peut exister dans l’oraison et la faciliter, mais ce n’est pas l’oraison. L’oraison est fondamentalement amour réciproque.
Si l’oraison est une relation d’amour, alors l’oraison est une participation de foi à la vie trinitaire qui habite en nous. C’est une participation consciente et voulue à la vie trinitaire sous forme non seulement de grâce, mais aussi d’échange d’amour. Nous le savons, le Père nous a aimés le premier. Nous sommes donc appelés par le Père à l’oraison et à nous entretenir avec Lui. L’oraison est une invitation du Père, rendez-vous qui nous est donné fréquemment par les inspirations de l’Esprit. Les âmes dociles au Saint-Esprit ne peuvent pas se passer d’entretien avec Dieu parce qu’elles s’y sentent attirées et parfois d’une façon irrésistible. Sainte Thérèse d’Avila et sainte Catherine de Sienne sont les chantres de cet attrait irrésistible. Aussi, lorsque par notre faute, nous manquons notre heure d’oraison, nous sommes infidèles à une invitation du Père. Or, ce rendez-vous est un rendez-vous d’amour. C’est par amour que Dieu nous invite et c’est pour nous témoigner son amour. « Dieu est en nous, au fond de notre âme, toujours là, nous écoutant et nous demandant de causer un peu avec Lui » dit Charles de Foucauld. Si j’aimais une épouse comme Dieu m’aime, à n’en pas douter, ce serait pour moi une intolérable déception de l’entendre dire chaque jour : « Je n’ai pas le temps de t’écouter ». Or Dieu est ainsi traité par ceux qui ne font pas oraison. Ce qui nous manque au fond, c’est de comprendre l’amour de Dieu pour nous. Nous ne savons pas recevoir de Dieu ni nous laisser aimer par Lui. Or notre sainteté et notre action dépendent surtout de ce que nous recevons du Père. C’est ici que prend toute sa dimension la nécessaire connaissance de soi et de Dieu, à laquelle nous invitent les psaumes. Pour aimer Dieu en vérité, il faut le connaître, donc le fréquenter et se connaître soi-même dans notre vérité vis-à-vis de lui. Finalement et pour faire court, cette invitation est une invitation à nous entretenir avec le Père comme des fils. Or cette filiation nous divinise, ce n’est pas une simple adoption. Dès lors, celui qui agit comme fils fait oraison et devient un saint. Car c’est en étant épouse du fils que, ne faisant plus qu’un avec Lui, je peux devenir fils à mon tour. Fondamentalement, l’oraison est une union amoureuse au Christ et par lui au Père.
Voir P. Schoekel sj., La poésie des psaumes.
Saint Jean de La Croix est un des premiers à avoir compris la poésie des psaumes. Le rythme, intraduisible, est très important dans les psaumes hébreux. Il est binaire ou ternaire, ou irrégulier (ce qui traduit l’émotion). Les sonorités tout aussi intraduisibles nous font entrer dans un sens. Ainsi le ‘i’ est la voyelle du cri, tandis que le ‘o’ est la voyelle de majesté. Demeurent les parallélismes par lesquels chaque ligne est divisée en deux par pensées répétitives, sous forme de juxtaposition de d’affirmation, l’hébreu ne connaissant pas les mots de liaison.
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