Cyril Brun
Après une maîtrise d'histoire médiévale, trois années de philosophie, un DEA d'histoire patristique, deux années de théologie, je poursuis mes recherches sur l'application de la foi chrétienne dans la société en économie et en politique. Je suis membre du GRHIS de l'Université de Rouen. Directeur de l'Institut Guillaume de Volpiano de septembre 2006 à juin 2007. Actuellement, j'achève ma thèse et une formation en théologie à l'Université Pontificale de la Sainte Croix à Rome.
Depuis 2001, je me suis spécialisé en Doctrine Sociale de l'Eglise. Je viens d'achever un livre , Pour une spiritualité sociale chrétienne, aux Editions Tempora.
http://www.editionstempora.fr/
Vous pouvez également me retrouver sur Christicity.com (http://www.christicity.com)
Musicien, ancien chef d'orchestre (j'ai suivi les cours de direction au CNR de Lyon) , ancien directeur artistique de l'Abbaye de Fécamp, j'occupe ce qu'il me reste de temps libre à ma passion, les spectacles musicaux, entre deux sorties en aviron ou à la montagne et quelques articles dans le magazine Res Musica.(www.resmusica.com)
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« A la vue du grand nombre des ennemis, ils furent pris de frayeur et beaucoup s'échappèrent du camp, où il ne resta plus que 800 hommes. Judas vit que son armée s'était dérobée alors que le combat le pressait; son coeur en fut brisé parce qu'il n'avait plus le temps de rassembler les siens. Dans son désarroi, il dit cependant à ceux qui étaient restés: "Debout! Marchons contre nos adversaires si par hasard nous pouvons les combattre." Eux l'en dissuadaient: "Nous ne pouvons, disaient-ils, rien d'autre pour le moment que sauver notre vie, quitte à revenir avec nos frères pour reprendre la lutte. Nous sommes vraiment trop peu." Judas répliqua: "Loin de moi d'agir ainsi et de fuir devant eux. Si notre heure est arrivée, mourons bravement pour nos frères et ne laissons rien à reprendre à notre gloire." 1 Mac 9, 6-10
Il est relativement difficile de qualifier l’attitude de Judas Maccabée sans se placer d’emblée dans une perspective spirituelle. L’armée grecque quoique supérieure en nombre avait été plusieurs fois vaincue par les troupes juives de Judas. Le roi Démétrius rassemble alors une armée de plus de 20000 hommes, fantassins et cavaliers. À leur approche, plus des deux tiers de l’armée juive prend la fuite, laissant son chef seul avec huit cents hommes. La question se poserait à moins : que faire ? À vue humaine la fuite serait la seule solution, à moins que l’orgueil ou l’honneur ne prennent le pas. Bien des héroïques faits d’armes nous racontent l’heureuse résistance d’une poignée d’hommes pour tenir vaille que vaille une position. Mais ici rien de tel. La fuite permettrait de reconstituer les forces dispersées. N’importe quel chef d’état major ferait la même analyse de la situation et tirerait les mêmes conclusions. Mais, voilà, Judas n’est que le lieutenant général, le véritable chef d’état major est Dieu. Or Dieu a plus d’une fois donné la victoire à un petit nombre, pour faire éclater sa puissance. Judas lui-même a pu éprouver, à son profit, la présence agissante de Dieu. Alors que faire ? Si Dieu est avec Judas, l’abandonnera-t-il ? Le Maccabée est certain du contraire. Dieu ne laisse pas son serviteur fidèle et aimant. Judas en bon serviteur sait deux choses : il n’est que l’instrument docile de la volonté divine et il n’a pas plus d’utilité dans le combat que n’importe quel lieutenant. Si Dieu a décidé de sacrifier son lieutenant pour sauver le reste de l’armée, que la volonté de Dieu soit faite. Judas tient pleinement la place de ce serviteur inutile. Sa cause est celle de son maître. Si le maître a besoin d’un sacrifice ultime, cela lui appartient et devient un martyre. Car c’est Dieu qui décide du martyre. Le martyre n’est pas un sacrifice que je fais personnellement pour bien mourir. Il est le sacrifice que Dieu lui-même fait des ses serviteurs pour le bien d’une cause. Le martyre ne se choisit pas, il ne se désire pas non plus pour lui-même. Ce qui nous revient c’est de l’accepter. Ce qui est déjà colossal ! Accepter d’être un serviteur souffrant (comme le Christ) sacrifié par le maître pour le bien du reste des serviteurs (comme le Christ). Aussi, le martyr est-il celui qui est capable de servir jusqu’au bout la cause de son maître parce qu’il sert cette cause de tout son être et par amour. Si Judas part au combat pour une gloire mortelle et pour laisser un souvenir dans les chroniques, alors c’est folie et orgueil. Vaine gloire car sa mort ne portera pas de fruit, comme si un sergent tenait inutilement une position contre l’avis de son chef simplement pour prouver sa bravoure. N’importe quel officier comprendra que cela est stupide, égoïste et dangereux pour le reste de la mission. Ne recherchons pas le martyre ou la souffrance, mais tenons-nous prêts à servir jusqu’au sacrifice de nous-mêmes. Le martyre est d’abord un acte héroïque de confiance en Dieu. Je me lance dans un combat risqué, voire perdu d’avance, en confiance, car avec Dieu il est possible que je gagne ce combat, sinon ce serait un suicide et non un martyre. Mais s’il le faut j’y resterai et c’est là que je servirai le mieux. La difficulté, pour qui est prêt au martyre (entendons, au service) est davantage dans le discernement. Pourquoi saint Cyprien a-t-il fui la première persécution et est-il resté pour subir le martyre lors de la seconde ? Certains biographes parlent de remords, d’autres pensent qu’il n’était pas prêt la première fois. Peut être cela a-t-il pu jouer. Mais bien que n’ayant jamais été directement concerné par le martyre, je pense que lorsque l’on est prêt, Dieu nous emmène lui-même au bourreau. Si vraiment nous sommes prêts à servir jusqu’au sacrifice ultime, le moment venu nous paraîtra une évidence ; mais pour cela il faut être prêt à servir. Or le martyre n’a pas pour unique forme la mort. La prison, les vexations, les humiliations, les spoliations qui peuvent être quotidiennes sont des formes de martyre auxquelles nous sommes régulièrement confrontés. Se voir refuser le poste de chef d’état major de la marine nationale parce que son fils est prêtre est une forme de persécution ! Regardons autour de nous. Si nous vivons en vérité notre foi, si nous voulons être un véritable serviteur de Dieu dans le monde, ne serait-ce qu’en essayant de construire la civilisation de l’amour, nous subirons ostracisme et persécutions. Alors dois-je fuir (en me taisant) ou dois-je servir jusqu’au bout ? Le service peut impliquer parfois de se taire. Alors comment savoir ? La peur et la considération de survie personnelle ou pour ses biens ne peuvent être des causes valables de discernement, car la peur ne vient pas de Dieu. Ces entraves repoussées, il me semble qu’il est alors plus facile d’entendre la voix de Dieu qui nous appelle au service. Mais il est clair que cela demande une préparation antérieure. Car pour accepter un service difficile voire douloureux ou coûteux, il faut d’abord aimer celui que l’on sert. Une fois encore, la clef de tout c’est l’amour.
Cyril BRUN
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