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Blog mis à jour: 24/04/2008 16:39




Cyril Brun

 

Après une maîtrise d'histoire médiévale, trois années de philosophie, un DEA d'histoire patristique, deux années de théologie, je poursuis mes recherches sur l'application de la foi chrétienne dans la société en économie et en politique. Je suis membre du GRHIS de l'Université de Rouen. Directeur de l'Institut Guillaume de Volpiano de septembre 2006 à juin 2007. Actuellement, j'achève ma thèse et une formation en théologie à l'Université Pontificale de la Sainte Croix à Rome.

Depuis 2001, je me suis spécialisé en Doctrine Sociale de l'Eglise. Je viens d'achever un livre , Pour une spiritualité sociale chrétienne, aux Editions Tempora.

http://www.editionstempora.fr/

Vous pouvez également me retrouver sur Christicity.com  (http://www.christicity.com)

Musicien, ancien chef d'orchestre (j'ai suivi les cours de direction au CNR de Lyon) , ancien directeur artistique de l'Abbaye de Fécamp, j'occupe ce qu'il me reste de temps libre à ma passion, les spectacles musicaux, entre deux sorties en aviron ou à la montagne et quelques articles dans le magazine Res Musica.(www.resmusica.com)



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[22/01/2007 14:41]
Quelle place pour les chrétiens aujnourd'hui?



 

 

            Avec le lancement progressif des campagnes présidentielles et législatives, les grandes questions sociales, économiques et politiques ne vont pas manquer de revenir sur le devant de la scène médiatique. Il va être difficile d’y voir clair entre les propositions des uns et les déclarations des autres. Nous connaissons déjà les positions des deux extrêmes, elles ont le mérite d’être constantes et récurrentes. C’est normal puisque n’ayant pas été encore appliquées, les mesures qu’ils proposent n’ont pu faire la preuve ni de leur pertinence, ni de leur impasse. Elles restent donc légitimement en course, inchangées. A l’inverse, les partis dits traditionnels s’enlisent ; jusqu’ à présent leurs actions ont rarement été fidèles à leurs promesses, pour la simple raison que l’exercice du pouvoir est une somme de compromis réalistes. Quoi qu’il en soit, même s’ils sont allés dans la direction de leurs promesses, leur politique s’est souvent réduite à du saupoudrage pour traiter dans l’immédiateté des questions douloureuses. Le grand drame des politiques aujourd’hui est le manque de perspective ; ils ne savent plus regarder au loin. Ségolène Royal ne prend la parole sur aucun sujet, elle ne commente aucun événement, tandis que Nicolas Sarkozy construit un programme pour Matignon plus que pour l’Elysée. Le grand enjeu pour l’un comme pour l’autre, à l’image déjà comprise de François Bayrou,  n’est pas de proposer un projet d’avenir qui ouvre le monde sur demain, mais de récupérer le créneau laissé libre par les autres. Dans ce galimatias, peu porteur de rêve et d’espérance, la politique s’enlise, se perd, se discrédite et s’affadit.
            Pourtant, la France est en profonde mutation depuis des décennies. Mais cette mutation est aléatoire. S’il est indéniable que la France d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier, on ne peut pas dire qu’il y ait eu depuis les années 80 un projet conscient pour passer de la France d’hier à cette France d’aujourd’hui, de sorte que nous subissons cette nouvelle France, comme cette nouvelle Europe, comme ce nouveau monde, plus que nous ne les construisons. Cette mutation aléatoire atteint aujourd’hui son paroxysme en plongeant la population dans le désarroi et la paralysie. Nous avons tellement peur de perdre ce qui nous reste, pour un lendemain que nous ne connaissons pas que nous nous figeons dans un conservatisme parcellisé et communautarisé. Dès lors, la société française craque de toutes parts, se pétrifie dans des conflits d’intérêts particuliers, mettant le pays sur la défensive, le plongeant dans la défiance, renforçant ainsi un individualisme de conservation. Au lieu de donner un nouveau souffle et d’ouvrir l’horizon, nos politiques (hommes ou femmes !) s’engouffre dans un conservatisme électoraliste, promettant à chacun ce qui le rassure. Les programmes et les orientations se résument finalement à la garantie de l’acquis ou à la normalisation de situations marginales ingérables que les groupes de pression réclament. On nous parle bien de réformes, mais celles-ci visent au retour d’acquis perdus, en matière de fiscalité par exemple, ou ne sont que des restructurations de forme, comme pour les retraites. Pour des raisons diverses et extrêmement nombreuses, la société française (et internationale) a été soulevée de ses bases et vogue au gré des vents vers une destination inconnue, sans que les décideurs politiques ne cherchent à reprendre en main le gouvernail, le compas et la barre en donnant un cap. On colmate le bateau pour qu’il ne sombre pas, les yeux rivés sur les brèches. L’horizon n’existe plus, il se limite aux brèches. Il faut dire que bien des horizons ont déçu. La foi dans le progrès s’est littéralement effondrée, alors qu’elle avait laminé sur son passage tout autre idéal. Le rêve socialiste s’est réveillé dans la douleur la plus aigue, après avoir ravagé les fondements traditionnels de la société depuis l’antiquité. Le libéralisme se construit sur les ruines de ces deux mirages et du monde traditionnel. Il a été un idéal, mais sa mise en application parfois honteuse, lui interdit désormais de se présenter comme un horizon. Il est un état de fait que certains cherchent à promouvoir, par une vue à court terme. Le mythe de l’équilibre naturel du libéralisme, n’est plus qu’un paravent auquel ne croient que ceux qui y ont intérêt.
De ce tableau caricatural, forcé à gros traits, quel enseignement tirer ? Il ne reste plus qu’une seule porte de sortie, donner un sens à ce monde, afin de relever la tête pour regarder au loin dans la direction de ce sens, sans retomber dans l’utopie, l’idéalisme béat et destructeur. Regarder au loin dans la direction que nous avons choisie pour éclairer le chemin à parcourir ; pas seulement la route au loin près de l’arrivée, mais aussi ce morceau de route que foulent aujourd’hui nos pieds. En d’autres termes, partir du monde, de la France tels qu’ils sont ici et maintenant pour, à partir de cette réalité immédiate, les mettre sur la route qui les mènera dans la direction choisie au terme voulu. C’est le but ultime du voyage qui donne un sens aux actions quotidiennes, les anime, les met en mouvement.
Finalement, les chrétiens n’ont-ils pas un but ultime à proposer au monde ? Ce but n’en connaissent-il pas la direction ? En un mot qui plus qu’eux ont un sens à donner au monde pour animer et impulser les décisions d’aujourd’hui ? Dans cet imbroglio désarçonné, les chrétiens ont plus que jamais une place à prendre et le devoir de la prendre. Mais quelle est cette place ? La question est extrêmement complexe et délicate. La réponse qui vaut aujourd’hui n’est pas celle d’hier et sera nécessairement différente de celle de demain. Pour y répondre, il faut prendre en considération la situation que nous venons de décrire rapidement et en tirer les conclusions. La première est celle maintes fois rappelée d’une société désormais post-chrétienne. Qu’est-ce que cela signifie ? D’abord que nous ne sommes pas dans la situation pré-chrétienne. Lapalissade qui souligne que nous ne sommes pas sans passé, sans histoire ; que ce passé et cette histoire, le monde auquel nous nous adressons en a une connaissance plus ou moins relative, il la partage en partie. C’est tout à la fois une force et un handicap. Une force parce que nous avons l’expérience, parce que bien des éléments de la direction que nous souhaitons impulser se trouvent encore dans la société, dans les consciences. Un handicap parce que ces mêmes éléments sont récupérés, amalgamés, affadis ou encore tronqués. Handicap parce que notre histoire nous est souvent reprochée, consciemment ou non, parce que cette même mémoire collective garde des peurs et des craintes d’un autre âge, aussi sommes-nous parfois tentés de contourner cet obstacle en biaisant notre message, donc la direction. Il nous faut nous réapproprier notre histoire, être fiers de ses grandeurs et ne pas avoir une honte paralysante de nos failles et de nos erreurs. Pour donner au monde notre sens et notre direction, il faut d’abord en être fier, les défendre, les connaître et nous y inscrire résolument. Il faut aussi faire le deuil d’une période de notre histoire, prendre acte de certains changements. Les catholiques ne sont plus majoritaires, l’Église institutionnelle n’est plus aussi écoutée, le pouvoir politique n’est plus de droit divin. Que cela soit bien ou mal n’est pas la question. C’est un fait réaliste duquel il nous faut partir en vérité pour avancer. Chercher à colmater de vieilles recettes d’une époque glorieuse ne peut plus fonctionner que nous en soyons nostalgiques ou pas. Notre société post-chrétienne se partage entre la peur et la confiance vis-à-vis de l’Église : peur d’un certain archaïsme, peur de l’ordre moral, peur de l’engagement et de l’exigence ; mais à l’inverse confiance par rapport aux nouvelles religiosités, confiance identitaire face à l’Islam. Cette dichotomie révèle le trouble et le schisme profonds qui traversent la société et le cœur des hommes. Une grande soif spirituelle, un besoin d’horizon et d’ouverture vers une autre dimension, un sentiment d’être pour autre chose se noient dans l’immédiateté du quotidien, la course au toujours plus ; l’avoir asphyxie l’être confinant notre société à la morosité, la privant de sens. Le syndrome ‘métro-boulot-dodo’ est un  cercle fermé sur lui-même qu’il est possible de briser par l’entrée du sens dans l’agir quotidien.
Alors comment le chrétien peut-il agir et s’engager ? Chacun selon son charisme, sa grâce et son devoir d’état ! Une fois qu’on a dit çà tout est dit et rien n’avance. Aujourd’hui, dans les milieux catholiques cette question est grandement à l’ordre du jour. Partout un frémissement impatient se ressent. La question récurrente « que faire ? » suscite bien des débats et des ouvertures possibles. Il me semble que ces ouvertures diverses pourraient s’unifier autour de deux points : il faut les fédérer et leur donner une dynamique commune ; les deux sont intimement liés. C’est, à mon sens, la dynamique qui sera le lieu de la fédération. L’objectif et la source sont de toute façon communs. L’objectif est de donner au monde, et à la France en particulier, ce sens qui est l’ouverture au Royaume. La source est l’amour de Dieu pour les hommes et pour chaque homme. Comment puiser à la source pour alimenter le sens, c’est précisément cette dynamique fédératrice. Nous nous plaçons ici dans le domaine de l’action socio-politique et économique. Ce qui signifie que cette dynamique comprend deux faces, l’une spirituelle de conversion des cœurs, l’autre pragmatique d’action sur la société. La première est l’âme de l’autre, tandis que la seconde permet l’épanouissement de la première. La nouvelle évangélisation suppose donc une mission d’ordre strictement spirituel, au sens classique et traditionnel, et une mission d’ordre pragmatique qui dépasse de très loin la simple œuvre caritative traditionnelle. Cette dernière garde bien évidemment toute sa valeur, mais dans le monde actuel, il convient d’introduire un nouveau champ d’action déserté ou mal aimé jusque là. Ce nouvel espace d’évangélisation st d’un autre ordre, il dépasse le domaine des bonnes œuvres, transcende la conversion quotidienne du chrétien puisqu’il sort de l’espace privé pour s’ouvrir à la société toute entière. Mais cet espace est avant tout celui d’un combat ; combat contre les vents contraires de ce monde et non contre le monde. Il ne s’agit pas de se poser en rival du monde ou de camper une vision dualiste entre les bons et les méchants, mais d’épouser la réalité de ce monde pour que de cette union naisse un monde nouveau issu de l’actuel et non vainqueur d’un champ de ruines, un monde façonné par la spiritualité sociale de l’Église.
À partir de là toutes les initiatives sont envisageables, pourvu qu’elles participent de cette dynamique fédératrice. Intégrer les structures existantes, être témoin et acteur supposent une force spirituelle personnelle et l’intégration à un groupe conçu comme base de repli et de ressourcement, comme un lieu d’échange pour une mutualisation des moyens, des idées. Impulser des structures nouvelles strictement chrétiennes se justifie aussi, mais il faut bien différencier les fins et les publics visés. Je ne suis pas certain qu’aujourd’hui un parti politique chrétien soit bien venu. Il y a, me semble-t-il, un travail préalable à faire sur la formation des chrétiens et sur la communication que les chrétiens peuvent et doivent faire. Un mouvement chrétien, tel “le cercle des économistes”, me paraîtrait plus adapté pour l’heure ; non seulement plus adapté mais rigoureusement nécessaire pour fédérer, analyser, penser et impulser.
Il me semble donc que les deux positions de l’entrisme et du groupe autonome doivent coexister en fonction des appels de chacun, mais de façon fédérée. Il doit y avoir un va et vient permanent de l’un à l’autre. Mais tout cela est soumis au préalable à un immense effort de formation afin d’unifier compétences scientifiques, techniques et professionnelles d’une part et connaissances spirituelles et théologiques d’autre part. Ce point est capital, car, comme le disait Dieu à Osée : « Mon peuple se meurt faute de connaissance » Osée 4,6




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