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Blog mis à jour: 24/04/2008 16:39




Cyril Brun

 

Après une maîtrise d'histoire médiévale, trois années de philosophie, un DEA d'histoire patristique, deux années de théologie, je poursuis mes recherches sur l'application de la foi chrétienne dans la société en économie et en politique. Je suis membre du GRHIS de l'Université de Rouen. Directeur de l'Institut Guillaume de Volpiano de septembre 2006 à juin 2007. Actuellement, j'achève ma thèse et une formation en théologie à l'Université Pontificale de la Sainte Croix à Rome.

Depuis 2001, je me suis spécialisé en Doctrine Sociale de l'Eglise. Je viens d'achever un livre , Pour une spiritualité sociale chrétienne, aux Editions Tempora.

http://www.editionstempora.fr/

Vous pouvez également me retrouver sur Christicity.com  (http://www.christicity.com)

Musicien, ancien chef d'orchestre (j'ai suivi les cours de direction au CNR de Lyon) , ancien directeur artistique de l'Abbaye de Fécamp, j'occupe ce qu'il me reste de temps libre à ma passion, les spectacles musicaux, entre deux sorties en aviron ou à la montagne et quelques articles dans le magazine Res Musica.(www.resmusica.com)



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[18/12/2006 20:53]
Un Bien ne peut jamais justifier un mal



Faut-il encore reparler du Téléthon ? La question soulevée par l’observatoire du diocèse de Toulon mérite d’être élargie. L’ambiguïté du Téléthon se retrouve à plus d’un endroit de la société. Bien des organismes, bien des entreprises, bien des lois ont tout à la fois des conséquences bonnes et mauvaises. La polémique autour du Téléthon pourrait donc être généralisée à l’ensemble des entreprises humaines litigieuses. Au fond quelle est la question ? Toujours la même. L’action entreprise nous conduit-elle vers Dieu ou non ? Conduit-elle celui qui la réalise et conduit-elle celui qui en bénéficie ? Pour le chrétien, il ne saurait y avoir d’autre question. Une fois dit cela, tout reste cependant à faire, car chaque situation est unique. S’il revient à l’Eglise de rappeler les grandes lignes de la foi et de la loi divine et naturelle, il appartient, en revanche à chacun de prendre seul face à lui-même et à Dieu (c'est-à-dire en conscience) la décision qui engagera, devant Dieu et devant les hommes, sa responsabilité. Nous avons souvent tendance à nous réfugier derrière la société et par là même à nous excuser de ne pas faire les choix que nous voudrions, parce que le monde est ainsi fait. Mais en réalité, la société en tant que telle ne pose pas d’acte, c’est toujours un homme en tant que sujet qui, au sein de cette société, pose un acte, prend une décision. Que cette décision soit personnelle, collective ou au nom de la communauté, de la société, de l’Etat, ne change rien au fait que ce n’est pas la société qui agit, mais un homme ou un ensemble d’homme. Au final, c’est toujours MOI qui pose un acte et qui en suis responsable. J’aurai beau accuser la société, elle n’ira jamais répondre devant un tribunal. C’est moi qui serais face au juge, face à mes enfants, face à mes proches, pour répondre de mes actes. Seul l’homme a la capacité de faire des choix libres et conscients. L’animal fera un choix d’ordre vital et réflexe. L’homme, lui fait un choix d’ordre moral. La morale n’est pas le catalogue de ce qui est permis ou non, de ce qui est bien ou mal. La morale est d’abord le chemin qui ouvre à la Béatitude. La morale ne nous situe pas dans l’ordre du bien et du pas bien, elle balise un chemin de liberté en vue de la vie éternelle. Ce que regarde la morale ce n’est pas le mal, le péché, le défendu, ni même le bien, le juste, le permis, tout cela n’est qu’étapes et moyens. La morale est tendue vers le but, vers la réalisation ultime, le Bien absolu qui comblera l’homme. La morale ne regarde pas à ses pieds pour ne pas trébucher. La morale ne se regarde pas elle-même pour se dire ‘tu es bien, tu n’es pas bien’. La morale reste les yeux rivés sur Dieu, elle ne voit que Dieu et le monde à travers Dieu. La morale, en définitive, c’est la lumière qui jaillit de Dieu et qui éclaire le chemin de celui qui regarde Dieu. La doctrine sociale de l’Eglise est un des rayons de cette lumière divine. Nous avons tendance à inverser notre conception du monde, de la morale et donc de notre agir quotidien. Notre tendance, en effet est de regarder où l’on met les pieds, de regarder à droite ou à gauche, pour voir ce qu’il y a à côté. Par cette attitude nous restons fermés sur nous même et sur le monde. Nous restons attirés par le monde et ses multiples tentations. Le monde est finalement NOTRE référent, notre étalon de mesure à l’aulne duquel nous jugeons le monde et nous même. Nous avançons, pas à pas, timidement, en espérant ne pas tomber, ne voyant que nos pieds et les obstacles, tenant à la force du poignet la route qui nous conduit vers l’inconnu. Si au contraire nous levons les yeux droit devant, l’inconnu devient connu et il éclaire notre route. Ce ne sont plus les obstacles et nous même qui nous servent de repères ou de quotidien, mais la destination qui nous attire. Ce but ultime qui guide nos pas nous permet d’identifier la route et donc les moyens à prendre pour parvenir à notre fin. Dès lors la question n’est plus, comment ne pas tomber, mais comment avancer droit devant ? Ce qui change radicalement la perception du monde, de notre relation à Dieu et donc de notre agir dans le monde. L’agir chrétien ne consiste pas à éviter ce qui est mal, mais résolument à s’attacher au bien. Voilà pourquoi un bien ne peut jamais justifier un mal. Nous ne pouvons, sous couvert d’obtenir quelque chose de bien, commencer par une action mauvaise. Aussi, face à ces questions actuelles, comme dans l’agir quotidien, la question première qui se pose est celle du rapport au Bien ultime qu’est la vie en Dieu et la question qui suit immédiatement est celle du bien intermédiaire qui permet d’atteindre ce Bien ultime. Pour répondre à cette seconde question, il faut garder à l’esprit la nécessité du Bien Commun. Ce que nous faisons de bien à un endroit ne doit pas entraver le bien qui se fait à un autre endroit. Nous sommes là au cœur de la doctrine sociale de l’Eglise. L’agir du chrétien (comme de tout homme, du reste) ne peut se faire, volontairement, au détriment d’une partie de la société. Tenons enfin que le Bien Commun de toute la communauté humaine c’est la vie en Dieu et ultimement la Vision Béatifique. Ce qui signifie que l’action des chrétiens dans le monde doit prendre en considération les problèmes et les souffrances de ce monde, SANS hypothéquer la vie du monde avenir. Autrement dit, le chrétien doit avoir à cœur de sans cesse préparer les voies du Seigneur et ne pas rajouter, sous couvert de générosité, des obstacles sur la route. Or certaines complicités passives, certaines cautions, même partielles, sont autant d’embûches sur la route vers le Ciel, ne serait-ce que par la confusion qu’elles suscitent. Il y a donc bien des situations, des entreprises ou des politiques qui mériteraient d’être ouvertement condamnées, afin de clarifier le chemin. Mais, si dénoncer est indispensable, il faut également proposer. Dénoncer les dérives du Téléthon était nécessaire, il me semble. Mais qu’est-ce que les catholiques ont à proposer ? Il ne suffit pas d’être contre, il ne suffit pas de dénoncer, il faut être pour une autre voie, il faut proposer une alternative concrète. Les discours ne servent à rien s’ils ne sont pas assortis de réalisations concrètes. Réalisations empruntes de l’Evangile, en vue du bien et fondée sur un bien, afin de ne pas mettre en péril le Bien Commun, ni le Bien éternel.




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