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Blog mis à jour: 24/04/2008 16:39




Cyril Brun

 

Après une maîtrise d'histoire médiévale, trois années de philosophie, un DEA d'histoire patristique, deux années de théologie, je poursuis mes recherches sur l'application de la foi chrétienne dans la société en économie et en politique. Je suis membre du GRHIS de l'Université de Rouen. Directeur de l'Institut Guillaume de Volpiano de septembre 2006 à juin 2007. Actuellement, j'achève ma thèse et une formation en théologie à l'Université Pontificale de la Sainte Croix à Rome.

Depuis 2001, je me suis spécialisé en Doctrine Sociale de l'Eglise. Je viens d'achever un livre , Pour une spiritualité sociale chrétienne, aux Editions Tempora.

http://www.editionstempora.fr/

Vous pouvez également me retrouver sur Christicity.com  (http://www.christicity.com)

Musicien, ancien chef d'orchestre (j'ai suivi les cours de direction au CNR de Lyon) , ancien directeur artistique de l'Abbaye de Fécamp, j'occupe ce qu'il me reste de temps libre à ma passion, les spectacles musicaux, entre deux sorties en aviron ou à la montagne et quelques articles dans le magazine Res Musica.(www.resmusica.com)



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11/04/2008 11:46
pour une spiritualité sociale chrétienne (0 commentaire)

Pour une spiritualité sociale chrétienne

Réflexions chrétiennes sur l'actualité

Cyril Brun

Livre

Prix : 19,90 €

Disponibilité : 48h
 

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Année : 2007

Editeur : Editions Tempora

ISBN : 2916053166

Notre référence : 27985

Nombre de pages : 240

 

Présentation de l'éditeur

Nos contemporains, harcelés de vérités contradictoires sont totalement dénués de repères. Le fond le plus intime de leur personne se révolte parce qu’il ressent l’incohérence du monde, mais l’homme est incapable d’agir car il ne connaît plus la route à suivre. Il nous appartient, à nous chrétiens qui avons la grâce extraordinaire de pouvoir discerner le bien du mal, par la richesse de la foi, de redonner au monde les repères et les valeurs nécessaires à un nouveau départ. Les chrétiens ont quelque chose à dire dans le monde actuel ! Nous sommes le Sel de la Terre ! Les piliers de notre foi, ces vérités chrétiennes qui nous animent, balisent le chemin que nous devons suivre pour permettre à l’homme de s’épanouir dans la plénitude de ce qu’il est. Aujourd’hui les aspects sociaux et économiques de la foi chrétienne sont peu connus et se heurtent à de multiples obstacles. Le plus grand d’entre eux n’est autre qu’une schizophrénie larvée qui divise le chrétien en deux êtres étrangers, l’un du monde, l’autre du Royaume. L’ambition de cet ouvrage est de donner un éclairage spirituel sur les réalités matérielles et les situations concrètes qui nous entourent. Les catholiques manquent à cet endroit cruellement de formation, puisse ce livre nourir leur réflexion, afin de les aider à devenir de véritables acteurs de ce monde auquel ils n’appartiennent pas ! Cyril Brun, 34 ans, s’intéresse aux questions économiques et politiques depuis son adolescence. Après l’obtention d’une maîtrise d’histoire médiévale, puis d’un DEA, il fait une thèse d’histoire patristique à l’Université de Rouen. Il a aussi étudié la philosophie et la théologie thomistes, tout en suivant des cours d’Écriture Sainte, puis a enseigné deux ans la doctrine sociale de l’Église ainsi que la liturgie à l’Institut Notre- Dame d’Orveau et répond depuis quatre ans aux différentes demandes de conférences en doctrine sociale.Il écrit une chronique hebdomadaire sur l’actualité à la lumière de la doctrine sociale de l’Église sur le site christicity.com. Ses travaux actuels se révèlent dans la droite ligne de la dernière exhortation apostolique de Benoît XVI : donner au monde quotidien sa dimension spirituelle. Cyril Brun est, en outre, critique musical sur resmusica.com, directeur de l’institut de recherche historique Guillaume de Volpiano et directeur artistique de l’abbaye de Fécamp.

 



Analyses et recensionss

Croisade du Rosaire apostolique pour l'Eglise

 

N°104 - Décembre 2007


Nouvel ouvrage sur la doctrine sociale de l'Eglise, qui tient "les deux bouts" : explications profondes et solutions concrètes pour aujourd'hui, le tout avec hauteur spirituelle.

La Nef

 

Néel de Néhou - N°190 - février 2008


Chrétiens dans le monde, rêve impossible ou schizophrénie chronique ? Aujourd'hui, les chrétiens cherchent leur place en tant que tels, dans un monde qui fuit en avant, préférant l'individualité à l'épanouissement de l'homme. Et comment s'investir, en tant que chrétiens, dans un monde qui nous rejette ? Cyril Brun répond, en s'appuyant sur la légitimité des chrétiens à annoncer, à transmettre, à apporter la vérité au monde, en vivant pleinement des repères et balises héritées du Magistère. Les chrétiens ont la possibilité et le devoir de transmettre au monde la doctrine sociale de l'Eglise, ils ont des réponses et des propositions à apporter. Pour une spiritualité chrétienne recèle les éléments de formation nécessaires à la construction de tout engagement en tant que chrétien. dans un livre vivant et à la lecture aisée, l'auteur décrit le lien entre la doctrine et la pratique. Chaque chapitre manifeste cette alliance entre spiritualité et vie chrétienne, en observant tous les apsects et enjeux de l'actualité politique, économique et sociale. Son regard pragmatique, éclairé par le Christ, et à la lumière de la Doctrine sociale de l'Eglise, nous apporte une vision claire de l'homme en tant que serviteur du Royaume dans un monde qui l'attend, agonisant. Il met en oeuvre nos responsabilités en tant que chrétiens, alors que nous sommes parfois tentés de séparer en deux parties notre identité de baptisés, tentés de mettre la lumière sous le boisseau du relativisme ou d'un militantisme aveugle. Monseigneur Rey, préfaçant cet ouvrage, rappelle l'Espérance et la fécondité de tout engagement chrétien : "La Vérité est génitrice".

Le Forum Catholique

 

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=357690


Cyril Brun a répondu aux internautes du Forum Catholique à propos de son ouvrage "pour une spiritualité sociale chrétienne" le 3/01/08 Pour retrouver ces réponses, cf. le site du Forum Catholique

Radio Ecclesia

 

Emission spéciale "brève livre"


Présentation de "Pour une spiritualité sociale chrétienne" de Cyril Brun dans aux dates suivantes : - le 21/11/07 à 17h57 - le 25/11/07 à 17h20 - le 02/12/07 à 20h19 - le 11/12/07 à 17h55

 





18/01/2008 17:31
Le danger d’une révision constitutionnelle (0 commentaire)

 

«Je souhaite que le préambule de notre Constitution soit complété pour garantir l'égalité de l'homme et de la femme, pour assurer le respect de la diversité et ses moyens, pour rendre possibles de véritables politiques d'intégration, pour répondre au défi de la bioéthique (…) Il s'agit que sur les problèmes philosophiques, moraux, éthiques posés par la modernité, notre Constitution soit en avance sur notre temps et non pas en retard. Le moment est venu d’ajouter aux droits fondamentaux les nouveaux droits [de] notre époque (...) » Conférence de Presse du Président Sarkozy  (Figaro du 8 janvier 2008)

 

     
      Voici en substance le travail confié à la commission qui sera présidée par Simone Veil. Je voudrais prendre le temps de m’arrêter sur cet extrait de la déclaration du président de la République. Déclaration de prime abord empreinte de bonnes intentions et certainement fort politiquement correctes. Toutefois, puisque dans son discours du Latran, le nouveau chanoine de la basilique romaine a invité les catholiques de France à être davantage présents dans la sphère sociopolitique et fiers de leur foi, puisqu’il a rappelé à ceux qui étaient présents combien l’espérance que pouvaient porter les religions et le sens de la vie  pouvait rappeler aux politiciens les vérités essentielles, je vais me permettre de souligner la vacuité d’une telle proposition. De meilleurs spécialistes seraient à même de démontrer qu’il ne s’agit pas comme le souligne Nicolas Sarkozy de compléter le préambule mais bel et bien de le modifier. Car les ajouts que se propose de faire le président ne peuvent semble-t-il cohabiter avec l’actuel préambule. En effet les modifications ne portent pas sur le contenu possible de la constitution, mais sur les fondements même de celle-ci.
      En effet voici ce que le préambule de la constitution de 1946 et les ajouts de 1958 déclarent en substance :
 « Le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et les libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des Droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. »
En outre il fait entrer avec valeur constitutionnelle les principes suivants :
  • l'égalité homme-femme,
  • le droit d'asile,
  • le droit et la liberté syndicale,
  • le droit de grève,
  • le droit à l'emploi,
  • la non-discrimination dans le travail,
  • le droit de participation à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises.
      Il apparaît donc clairement que au moins les trois premiers motifs de modifications n’ont pas de raison d’être. Car à y regarder de plus près, quelle est la différence entre proclamer l’égalité de l’homme et de la femme et garantir l’égalité de l’homme et de la femme ? Le problème à ce niveau n’est pas d’insérer ou non une nouveauté dans la constitution, mais que les applications de la Constitution n’ont pas été suffisamment efficaces pour garantir ce qui est déjà un acquis constitutionnel. L’autre problème plus profond est l’assise de cette égalité. Car si aujourd’hui il s’avère que cette égalité doive être défendue, cela signifie qu’elle n’apparaît pas comme évidente à tout le monde. Le fait est aussi que la terminologie peut être ambiguë et a porté à de nombreux amalgames.
      Si on regarde de plus près l’expression, on énonce l’égalité homme femme, comme une vérité. Ce qui veut dire qu’il y a un fondement que la constitution reconnaît comme transcendant et qui la dépasse. C’est un fait de la nature humaine partagée par l’homme et la femme. Mais attention, au fond qu’est-ce qui est reconnu ? Et là se trouve la source des amalgames. Car ce qui est reconnu n’est pas si clair que cela. À aucun moment le Préambule de 1946 assumé par 1958 ne parle d’une égalité homme femme en tant que telle, mais d’une égalité de droits. Il y a déjà un gros problème, certes conjoncturel, mais aux traces indélébiles et desquelles nous ne sortons pas, c’est l’aberration qui consiste à particulariser les droits de la femme, alors que deux lignes plus haut le préambule affirme les droits inaliénables de tout être humain. Comme si la femme se voyait accorder une faveur qui ne lui est due que par la magnanimité de la fièvre de la victoire post 1945. La femme est comprise dans l’être humain et cette distinction est source de nombreux problèmes aujourd’hui, car on en arrive à distinguer les droits de l’homme et ceux de la femme, comme s’il s’agissait de deux groupes distincts. Or ce qui est en jeu n’est pas un problème de droits, mais de dignité. Si la femme a les mêmes droits que l’homme (ni plus ni moins) c’est parce qu’elle a une égale dignité. Les droits de tout être humain sont sacrés et inaliénables parce qu’ils sont fondés sur la dignité humaine et qu’ils n’ont d’autre but que l’épanouissement de la dignité humaine[1]. Si les droits de la femme sont ceux de l’homme c’est précisément parce qu’ils partagent une même dignité humaine. Si pour des raisons historiques il faut préciser cette égalité, il convient alors de spécifier tous les êtres humains, hommes et femmes, et non parler de la dignité humaine et quelques lignes plus loin introduire une distinction uniquement sur les droits.
      Ce problème est encore plus profond qu’il n’y paraît car derrière cela se cache une fausse interprétation de l’égalité. L’égale dignité ne signifie pas similitude de l’être. Une femme est une femme et un homme est un homme. La dignité et donc les droits sont les mêmes, mais la spécificité générique par laquelle s’exprime cette humanité est diverse. Il est évident qu’un homme n’est pas une femme et réciproquement, sans cela il n’y aurait que des hommes ou que des femmes. Et on ne peut réduire la différenciation à la dimension sexuelle et à la reproduction de l’espèce. Or la vision de l’égalité, dans un féminisme parfois exacerbé fait de l’égalité une hominisation de la femme et parfois une féminisation de l’homme.À savoir que par égalité on entend faire de la femme un homme bis. Mais cela est nier la spécificité de la femme et l’empêcher de vivre en plénitude sa dignité humaine, car en vivant comme un homme, elle ne rejoint pas la vérité de ce qu’elle est comme être humain. Et ceci est extrêmement grave car c’est empêcher, c’est refuser à un être humain d’être pleinement heureux.
Si la révision du Préambule vise à restaurer cette anomalie terminologique qui divise et met en rivalité l’homme et la femme, alors c’est là un progrès. Mais s’il s’agit d’allonger la liste des droits particuliers, au risque qu’ils s’opposent aux droits de l’homme en tant qu’universels, alors nous allons au devant d’un grave déséquilibre social, mais aussi psychologique de la population, avec ce risque extrêmement grave in fine, de retirer la femme des droits de l’homme en la réduisant à ses droits particuliers. Au demeurant, s’il s’agit de reconnaître des droits incompatibles avec les droits de l’enfant en tant qu’être humain (comme le droit à la vie) nous allons vers un conflit de droits et de graves crises d’instabilité socio familiale. D’une manière générale, la reconnaissance de droits particuliers court toujours le risque d’une exclusion ou d’une limitation des droits universels.
Et puisque le président parle de problèmes philosophiques et éthiques, il serait bon de poser un certain nombre de questions d’ordre philosophique, à commencer par savoir quels sont les fondements philosophiques qui nous conduisent, car on ne peut prendre ici et là des bouts de philosophie. La vérité philosophique tient dans l’ensemble du raisonnement et non dans des extraits. Le problème est de se poser la vraie question de la dignité de l’homme, e la femme, mais aussi de la vie. Le problème est également de savoir, dans l’ensemble des propositions philosophiques, lesquelles peuvent tenir face aux principes premiers élémentaires qu’on se refuse aujourd’hui de considérer. Avant d’engager une réforme de la constitution sur des bases philosophiques, encore faut qu’il y ait un débat philosophique. Ce serait ma première invitation. Qui aujourd’hui est prêt en vérité à entrer dans un tel débat, hors des pressions médiatiques et des lobbys ? Il me semble que compte tenu de l’enjeu (qui dépasse plus que largement la révision du préambule) il faut que les catholiques, en France, reprennent largement et offensivement l’initiative de la raison.

 

      Passons à présent au respect de la diversité et ses moyens. Là encore de quoi parle-t-on ? Le respect est de soi contenu dans la dignité humaine. Mais qu’entend-on par diversité ? La diversité de qui ? De quoi ? Vivre ensemble c’est avoir un ensemble de choses en commun. Si on parle de diversité, il faut alors au préalable parler d’unité. Il faut nécessairement un principe d’unité. Qu’est-ce qui nous unit, qu’est-ce qui justifie qu’il y ait une constitution ? Seulement la délimitation territoriale ? Alors pourquoi le préambule de 1946 parle-t-il d’une tradition de la France ? Avant de parler de diversité et d’intégration, il convient de savoir à quoi on intègre. S’il faut respecter la diversité, alors il convient de préciser ce qui est différent et différent de quoi et en quoi. Si la diversité est constitutive de la Nation, alors il convient aussi de le spécifier et en effet il faut en préciser les modalités, car si la diversité est constitutive alors, nous reconnaissons le communautarisme comme constitutionnel. Et de fait, il vaut mieux le prévenir. L’exemple belge ne le montre que trop. Si l’on parle de diversité religieuse, de race ou de croyance, alors il n’y a rien de nouveau par rapport à 1946. Et le problème de respect n’est pas un problème de constitution, mais de législation. On ne peut dire au Latran « l’essentiel des racines de la France sont chrétiennes » et d’un autre côté refuser de reconnaître que ces racines sont le ferment d’unité, même lorsqu’il c’est agit d’être unis contre ! Là encore, en tant que catholiques, nous sommes attendus pour réaffirmer et promouvoir les richesses et la vérité de l’héritage que nous laissons à la France. Nous avons à reconquérir l’unité de notre nation. Si la diversité de valeurs, de foi et de mœurs s’est imposée c’est que nous n’avons pas su donner le goût de notre foi, pas su démontrer la vérité profonde de nos valeurs. Si, derrière diversité, on entend la conception de la famille, du mariage, de l’identité sexuelle, alors là encore une fois il ne s’agit pas de compléter le préambule, mais bel et bien d’en modifier le système de valeurs. Nous retournons à la question philosophique : qu’est-ce qui sous-tend les vérités constitutionnelles ? La conception hégélienne de N. Sarkozy d’une société en avance sur la philosophie et l’éthique nous renvoie à un relativisme primaire selon lequel la vérité est conjoncturelle et c’est l’histoire qui construit la vérité. C’est en ce sens que je lis cette déclaration rocambolesque de vouloir précéder la philosophie ! La philosophie n’est pas de la sociologie, ni de l’histoire ! Elle n’explique pas les phénomènes socio-historiques, elle ne court pas derrière non plus, elle cherche la vérité. Voilà encore une question préalable à une révision de la constitution. Mais le problème, que déplorait déjà en son temps Platon, est que ceux qui gouvernent ne pensent pas, ils réfléchissent et combinent des idées. La vérité n’est pas affaire de combinaisons, elle est contemplation. La raison n’invente pas des vérités, elle découvre la Vérité.
      Le but suivant de cette révision est de « rendre possible de véritables politiques d’intégration ». Il me semble qu’il ne faut pas en matière constitutionnelle tomber dans le travers dans lequel nous sommes tombés avec l’inflation législative. Si nous ne parvenons pas à faire appliquer correctement les lois votées, si les décrets d’application tardent, ce n’est pas d’abord un problème constitutionnel, mais d’exécutif et de philosophie générale. On ne peut faire des lois à tout va pour calmer ou rassasier l’opinion au risque de ne pouvoir les rendre applicables, parce que contradictoires entre elles. Le vrai problème législatif est d’abord un problème de cohérence d’où découle un problème d’autorité. Si on ne sait pas dans quelle direction aller, ni pourquoi on y va, la législation devient une mosaïque sans unité qui tourne en rond. Or c’est précisément ce que nous vivons depuis des décennies, en France, mais aussi dans le monde entier. Vouloir saper l’héritage chrétien est une chose, mais ne rien pouvoir proposer derrière, si ce n’est un système de valeurs qui démontre aujourd’hui son incapacité à rendre l’homme heureux et à donner du sens, en est une autre. Or tous les systèmes anti-chrétiens ont tous, sans aucune exception, montré leurs limites, et leur échec est patent. Les politiques comme les philosophes n’ont plus rien à proposer au monde. Toutes leurs initiatives ont échoué. Il n’y a pas un système qui tienne en place, qui soit stable et qui rende l’homme profondément heureux. L’insatisfaction est partout. À nous, chrétiens, de démontrer la vérité et la force de nos valeurs. À nous de rhabiller le monde des vertus chrétiennes. Mais savons-nous ce que nous avons à proposer au monde ? Malheureusement bien peu de chrétiens ont conscience de l’extrême richesse du trésor qui est le leur !
Pour en revenir à l’intégration, que peut ajouter une modification du préambule à ces deux aspects qui y sont déjà contenus, la dignité de l’homme et le droit d’asile ? Le problème là est bien plus d’éduquer chaque citoyen au respect de la dignité de l’autre. C’est un problème fondamentalement d’éducation. Éducation à l’école (ce qui signifie que les professeurs en soient capables eux-mêmes !) éducation en famille, ce qui signifie que celle-ci existe, soit à même de le faire et donc qu’elle en ait les moyens ! Mais encore une fois, il en va de même de l’intégration, comme de la diversité, pour accueillir et intégrer, il faut savoir où on accueille et à quoi on intègre. Avant de se lancer dans des projets médiatiques à grand bruit, commençons donc par nous demander qui nous sommes. C’est au demeurant le problème actuel de l’Europe face à l’accueil des nouveaux membres.
      Enfin arrêtons-nous sur l’ultime proposition : répondre aux défis de la bioéthique. Il me semble que la constitution est le lieu de la stabilité et de la pérennité. Or en matière de bioéthique, nous en sommes aux balbutiements et nous ne sommes même pas sûrs de savoir ce que veut dire défis, ni même réellement bioéthique. Le débat à ce niveau est loin d’être clos et surtout loin d’être honnêtement engagé. Alors avant de jouer aux apprentis sorciers et de mettre dans la constitution quelque chose qui ne peut y avoir sa place parce que pas encore défini, commençons par avoir le courage d’un vrai débat avec des personnes compétentes et non le pouvoir crassement médiatique de quelques penseurs autoproclamés.
      On perçoit, sur ce point comme sur les précédents,  l’enjeu social colossal qui se trouve derrière, car suivant les termes employés pour ‘compléter’ le préambule, on peut renverser complètement les fondements même de la société. Et c’est bien ce que cherchent à faire un nombre certain de groupuscules médiatiques, bruyants et fortunés, mais qui n’ont pour eux que la force de l’argent et de la flatteuse concupiscence facile pour conquérir une opinion publique qui n’est pas d’avance acquise ; ce dont on se rend compte dans la baisse de popularité de N. Sarkozy dans certaines tranches d’âge, dans les questions des personnes les plus simples dont le bon sens ne se laisse pas altérer de la sorte. Tout ce remue ménage repose sur l’orgueil qui fait croire aux sots qu’ils sont intelligents et donc refusent l’humble constat de leur impuissance ; sur l’anesthésie des consciences en contre-partie d’un confort fallacieux ; sur le défaut de réflexion réelle et intelligente.  La fin de cet extrait de la déclaration de N. Sarkozy le montre bien : on ne comprend rien de ce que l’on fait. ‘Ajouter aux droits fondamentaux les nouveaux droits de notre époque ‘ ! Nous sommes en plein historicisme hégélien ! La constitution est là pour garantir les droits fondamentaux et la loi pour les déployer. Ces nouveaux droits de notre époque sont ou des fondamentaux nouvellement découverts. Mais alors ils sont universels, ce qui signifie que chaque être humain peut se reconnaître en eux. Autrement dit le mariage homosexuel ne peut être un droit fondamental car il ne concerne pas les hétérosexuels. Ou alors ils sont des droits particuliers et ils concernent la loi car ils explicitent les droits fondamentaux. Mais comment peut- on ajouter des droits fondamentaux dans la situation actuelle qui ne reconnaît pas de fondements transcendants. Qu’est-ce qui fondera ces nouveaux droits ? De la même manière nous pouvons nous demander, dans le contexte actuel, qu’est-ce qui fonde encore les droits anciens et jusqu’à quand seront-ils considérés comme des droits fondamentaux ? Lorsqu’on prône la diversité, comme un principe fondamental, qu’est ce qui peut unifier et donc fonder les droits universels ?

 

      L’enjeu de cette réforme n’est pas mince et il serait gravissime que les chrétiens passent à côté de ce défi, ultime rempart contre le déversement du non sens. Nous avons le devoir de défendre la vérité de l’homme. Le gros défaut de notre époque est l’ignorance. Nous devons former, informer, contre vents et marées. Notre responsabilité n’est pas de convertir les hommes, mais de leur passer la bonne nouvelle. Et celle-ci commence par la vérité d’un homme debout, non d’une caricature squelettique à laquelle on arrive de plus en plus. Ce n’est pas tout de pleurer dans son coin et de dire le monde va mal. Nous avons un trésor de solutions, qu’en faisons nous ? Si la France et le monde sont dans cet état, ne cherchons pas ailleurs, c’est parce que nous ne l’avons pas assez, voire pas du tout, défendu ! Et de cela il nous sera demandé compte, car nous sommes responsables de nos frères, par notre baptême qui fait de nous des prêtres et des prophètes.  Qu’ai-je fait chaque jour pour promouvoir, défendre le Royaume et l’homme ? Combien de fois me suis-je passivement rendu complice ou activement en profitant du système. La mission du chrétien du XXIe siècle, comme ne cesse de nous y inviter Benoît XVI est de défendre l’intelligence de la foi et par là d’en démontrer sa vérité profonde.
      Cyril Brun


[1] Voir Cyril BRUN, Pour une spiritualité sociale chrétienne, ed. Tempora p. 25-43.





16/09/2007 14:39
Pour une siritualité sociale chrétienne (0 commentaire)
En attendant la reprise des chroniques en octobre prochain vous pouvez vous procurer le livre récapitulant les cinquantes dernières chroniques et quelques inédits qui sort le 20 SEPTEMBRE 2007  aux éditions tempora

Cyril Brun

POUR UNE SPIRITUALITE SOCIALE CHRETIENNE

Préface de Mgr Rey

 Tempora

Editions Tempora - www.editionstempora.fr
Contact Presse : Claire de Guillebon
04 34 88 14 04




11/06/2007 17:17
L E CHRÉTIEN FACE À LA GUERRE (0 commentaire)

 


 

Face aux questions actuelles de désarmement, de bouclier nucléaire, face aux différentes guerres qui n’en finissent pas de s’enliser, il est peut être temps de faire un point rapide sur la question morale de la guerre.

La Bible dit ‘tu ne tueras pas’, tandis que le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) admet, quant à lui, la peine de mort, mais avec de nombreuses réserves dans le domaine de l’application. Y aurait-il contradiction ?

La paix est en fait le cœur du problème. Elle vise par définition la préservation des vies. Dans la Bible, la paix a trois significations : elle est souvent liée à l’idée de Création ; malgré le péché originel, la création, en effet,  est faite pour être perçue dans la paix. L’Ancien Testament rattache également la paix à l’Alliance, or l’alliance exclut la destruction de l’être aimé ; qui plus est l’homme ne peut authentifier l’amour de Dieu qu’en reconnaissant dans ses semblables des visages conçus à l’image de Dieu. Enfin, dans l’ordre messianique, le Christ sait l’homme pécheur. Il est venu annoncer une ère définitive de réconciliation, d’amour, symbolisée par le Royaume de Dieu.
Or, depuis la mort et la résurrection du Christ, le Royaume de Dieu est en marche dans l’humanité. Lorsque des hommes travaillent à mieux se connaître, se comprendre et s’aimer, ils font l’œuvre de Dieu. Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous ouvre une perspective de vie plénière et de paix.
Il suffit en effet de regarder l’histoire des premiers chrétiens et la vie exemplaire des martyrs militaires tels saint Maurice, pour avoir une idée de l’idéal très fort de nos ancêtres. La guerre n’est pas pour eux. Cependant, depuis Constantin jusqu’au XIXème siècle, la doctrine paulinienne de la soumission à l’autorité s’est imposée. Et si l’autorité déclare la guerre, elle le fait au nom de Dieu. Alors il est possible d’aller se battre.
S. Thomas d’Aquin quant à lui a opéré un changement de perspective en examinant le fond des choses avec la clairvoyance qui lui est propre. Ce qui peut justifier la mort donnée ce n’est ni la justice, ni la défense d’un ordre à sauvegarder, mais la charité. Curieux précepte a priori ! C’est ainsi que peu à peu se met en place une théorie dite de ‘la guerre juste’ : le chef de l’État, représentant de Dieu, peut justifier la guerre. Mais cette théorie comprend toutefois quelques réserves : il convient de limiter les méfaits de la guerre sur les populations civiles, de limiter les méfaits sur les prisonniers de guerre et de respecter les conventions internationales.
Vatican II a bouleversé la théorie de la guerre juste. Il devient désormais inacceptable de détruire des nations extérieures sous prétexte d’agrandir le territoire national. En outre, le domaine d’application de la guerre juste est limité à la légitime défense. L’Église a toujours reconnu aux individus le droit de se défendre, de défendre leur famille et leurs biens, mais la réponse de l’agressé ne doit dépasser la puissance de l’agression. De même, les dommages causés par l’agressé ne doivent pas être de beaucoup supérieurs à ceux qu’il subit, à l’atteinte aux biens qu’il défend. Toutefois, Vatican II a autorisé l’existence de forces de frappe (l’arme nucléaire est approuvée par le Vatican).
   À ce stade de notre trop rapide développement, arrêtons-nous un instant sur la valeur de la vie. Longtemps, celle-ci a été relativisée. La mort n’est pas une fin mais un passage, aussi, la mort physique ne faisait pas peur parce qu’elle ouvrait les portes de l’au-delà. Avec l’allongement de la durée de vie, cette dernière prend un tout autre sens. Autrefois, la vie d’une femme correspondait globalement à sa période de fécondité. La mort revêtait alors un caractère familial, mais peu à peu, la mort a perdu son caractère sacral, tandis que la vie a aujourd’hui un pouvoir attractif et un  prix qu’elle n’avait pas. Désormais, il y a après 40 ans une seconde partie de la vie à peu près aussi longue sans enfants ni contraintes. Tout cela ne va pas sans de nombreux problèmes et déviances qui sortent largement du cadre de notre sujet. Toujours est-il qu’aujourd’hui, il ne faut plus mettre les deux vies en opposition ; l’une terrestre de misères et l’autre de plénitude. Ces deux vies sont imbriquées l’une dans l’autre. Le Royaume de Dieu se construit ici-bas.
De là un dilemme pour les militaires. D’une part les militaires chrétiens doivent être témoins de l’ Église et participer à la paix, d’autre part, ils ont un métier porteur de mort. Mais notons d’emblée cette notion fondamentale : pour le militaire, la sauvegarde du bien commun reste la légitimation fondamentale de la mise en œuvre des armes. C’est pour cette raison que Nagasaki et Hiroshima n’ont pas été condamnés. Le militaire doit avoir le sentiment d’être au service de la paix et non de la guerre. La légitime défense n’est pas une reconnaissance de la mort mais de la vie   que je défends. Nuance fondamentale ! Le militaire qui défend sa patrie ne spécule pas sur le nombre de morts qu’il peut causer chez l’ennemi, mais sur l’importance du bien qu’il défend, sur ce que représente le bien commun, la patrie, la culture.
Et c’est à ce niveau de l’argumentation que se situe la position de chacun face à sa conscience. L’acuité de notre discernement personnel sera fonction de l’éducation préalable de notre conscience et de notre vie de foi.
Accueillir la paix dans la foi équivaut à entrer dans l’intimité de Dieu.  « Le Seigneur soit avec vous » est la même chose que « La paix soit avec vous ».Dans le Nouveau Testament, ‘Paix’ est cité 90 fois et renvoie toujours à une présence de Dieu par le Christ. Il est comme l’explication ultime de cette paix que cherchait tout l’Ancien Testament. La Paix est une réalité divine qui comprend la justice, la paix, l’intégrité de la Création et une interdépendance qui sont les dons de Dieu. L’interdépendance doit se transformer en solidarité fondée sur le principe que les biens de la Création sont destinés à tous, aussi, la solidarité nous aide-t-elle à voir l’autre non comme un instrument, mais comme notre semblable. Et saint Augustin de dire : « Ce qui est superflu pour les uns est nécessaire pour les autres (…) On possède ce qui ne nous appartient pas quand on possède du superflu. »Toutefois, si la fraternité est universelle, elle est aussi structurée et notre lien avec le monde passe par la patrie. Tout comme Dieu s’est incarné en un endroit et un temps donnés, nous sommes inscrits dans un temps et un espace précis.
Il ne faudrait pas, cependant, lire cette évidence de charité avec une arrière pensée utopiste. Si nous devons tout faire pour que le monde retrouve son harmonie première, il est indéniable que la route est longue. Il est tout aussi indéniable que ce n’est pas en la regardant de loin que nous réduirons le chemin qu’il nous reste à parcourir. En effet, la violence (fut elle légitime) n’est ni à l’origine, ni à la fin du monde. C’est le péché de l’homme qui brise l’harmonie du monde. Le péché fait entrer la violence au cœur de chaque relation humaine. Si la vengeance était permise, où s’arrêterait la violence ?
Or, pour l’Église, il existe un ordre moral objectif : la paix est dans la tranquillité que l’on trouve en respectant des structures fondamentales qui s’imposent à tous : la justice et le don de soi dans l’amour. Mais cet ordre moral ne peut se réaliser pour deux raisons : d’une part l’homme est limité et d’autre part l’homme est pécheur Que faire alors contre la violence ? Entre le laisser faire des libéraux et les pacifistes, le Christ propose une réponse : Il se propose comme réponse. Il est la réconciliation du monde. En outre, nous l’avons vu, le cœur de la foi chrétienne est lié à la paix. Soyons donc conscients que par inaction, nous sommes complices de tous les meurtriers du monde.
Tant que le Christ n’est pas tout en tous, la fraternité fondamentale entre les hommes ne peut être atteinte, aussi, la réponse à la violence ne peut se trouver que dans l’accueil de l’Esprit du Christ. N’oublions pas que l’une des grâces fondamentales du chrétien, c’est que par la force de sa foi il peut arrêter la spirale du mal, parce que les commandements la lui révèlent, mais chacun demeure libre donc potentiellement complice. Ce n’est que profondément unis au Christ que nous pouvons, même les armes à la main être artisans de paix. La première étape est donc d’aimer Dieu, la seconde est de vivre de sa Parole, Le laisser vivre en nous.

Alors, concrètement, quand faire la guerre ? L’Amour seul peut et doit conduire à être éventuellement prêt à faire la guerre. S. Paul nous dit de respecter la loi et l’autorité en place (Rm 13,1-2). Mais cela ne veut pas dire tout accepter. Une théocratie réduirait à néant la liberté de l’homme. L’expérience de Calvin à Genève l’a douloureusement démontré. Aussi le rôle de l’Église doit-il être pleinement tenu dans la médiation, l’impulsion de la réflexion. L’idée de fond est que la guerre est toujours un mal, mais elle peut se révéler être un moindre mal, un mieux possible.

Aux numéros 2308-2309-2313, le CEC aborde la question de la guerre légitime. Le principe de base veut que chacun œuvre pour éviter la guerre, mais  on ne peut dénier à un état le droit de légitime défense.
Aussi convient-il de définir la légitime défense, condition sine qua non de la guerre légitime. Pour que la guerre soit légitime quatre conditions sont nécessaires :
-          Le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations doit être durable, grave et certain.
-          Tous les moyens d’y mettre fin doivent s’être révélés impraticables ou inefficaces.
-          Il faut que soient réunies des conditions sérieuses de succès ;
-          L’emploi des armes ne doit pas entraîner des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer.
Le n° 2313 du CEC précise que l’extermination d’un peuple est un péché mortel.
En outre, la guerre ne peut être justifiée si elle se veut punition, vengeance ou représailles.  LA SEULE GUERRE JUSTE EST DEFENSIVE.
                                  
Cyril Brun
Synthèse des travaux de Mgr Dubost ‘Ministre de la paix’ et du Ch. Aubert, la doctrine chrétienne de la guerre

13/03/2007 9:03
LE DROIT À LA SUBSIDIARITÉ 1 (0 commentaire)

 


 

« Je ne peux que me réjouir de voir invoqué, de plus en plus, le fécond principe de subsidiarité. Lancé par mon prédécesseur Pie XI dans sa célèbre encyclique Quadragesimo anno en 1931, ce principe est l'un des piliers de toute la doctrine sociale de l'Église. Il est une invitation à répartir les compétences entre les différents niveaux d'organisation (…) en ne transférant aux niveaux supérieurs que celles auxquelles les niveaux inférieurs ne sont pas en mesure de faire face pour le service du bien commun »  rappelait Jean-Paul II lors de l’audience des participants à la Conférence des présidents des parlements de l'Union Européenne, le samedi 23 septembre 2001.
Tout est dit et pourtant tout reste à dire. Le principe est énoncé, la pratique reste à construire. Le principe de subsidiarité émerge de plus en plus. Il revêt diverses formes, de l’autonomie à la responsabilisation. Il est désormais revendiqué pour la politique, la vie économique, la vie sociale. Mais est-il toujours bien compris et, de ce fait, bien appliqué ? Du reste, les applications du principe de subsidiarité  sont-elles si aisées ? N’y a-t-il pas des conditions préalables à l’exercice de la subsidiarité ? Pour répondre de façon adéquate à ce type de questions et aux nombreuses autres générées par ce principe, il convient en préambule, de bien appréhender ce ‘pilier de la doctrine sociale de l’Église’.
Comme le remarquait en 1993 J.-B. d’Onorio [1], le mot est peu courant, même si l’Europe semble le reprendre à son compte dans sa construction, « d’où, affirme-t-il, un urgent besoin de clarification d’une notion appelée à imprégner toute l’organisation des pouvoirs publics locaux, nationaux et internationaux. (…) C’est dire que si le principe de subsidiarité est désormais souvent invoqué, il nécessite une série d’investigations relatives à sa définition, qui est assez aisée, et à son application qui s’avère plus délicate »[2].
UNE NOTION CLAIRE AUX CONTOURS FLOUS
La notion de subsidiarité telle qu’elle nous a été rappelée par Jean-Paul II est relativement claire, le plus important étant d’en comprendre et expliciter les fondements afin de pouvoir trouver les applications les plus justes. On a souvent tendance à réserver la subsidiarité au strict domaine du gouvernement, alors que  ce n’est qu’une expression de ce principe. Depuis quelques années, les familles chrétiennes insistent à leur tour sur l’application de ce principe dans le domaine de l’éducation : « Les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants et ils ont aussi une compétence fondamentale dans ce domaine : ils sont éducateurs parce que parents. Ils partagent leur mission éducative avec d'autres personnes et d'autres institutions, comme l'Église et l'État ; toutefois cela doit toujours se faire suivant une juste application du principe de subsidiarité. En vertu de ce principe, il est légitime, et c'est même un devoir, d'apporter une aide aux parents, en respectant toutefois la limite intrinsèque et infranchissable tracée par la prévalence de leur droit et par leurs possibilités concrètes. Le principe de subsidiarité vient donc en aide à l'amour des parents en concourant au bien du noyau familial» [3].
Pour aller plus loin, nous pouvons dire que la subsidiarité concerne la totalité de la vie humaine. Les relations humaines de groupe sont essentiellement subsidiaires. C’est ici que nous pouvons saisir dans toute son acuité la solidarité humaine. Car il y a une véritable solidarité humaine. Entendons ‘solidaires’ dans son acception technique, c’est-à-dire tellement ‘liés entre eux’ que la contagion atteint nécessairement les différents corps.[4]
La subsidiarité ne tirerait-elle pas son origine de cette nécessaire et naturelle complémentarité entre les hommes ? Par nature, l’homme est limité ; par nature, il a besoin des autres pour avancer et grandir, pour vivre, tout simplement.  Naturellement, l’homme est social, mais l’homme préexiste à toute société ; aussi, convient-il de lui redonner la première place. Partir de l’homme comme source, centre et sommet de la subsidiarité, c’est peut-être une évidence, mais n’oublions pas de regarder tout corps social comme un moyen au service de la personne humaine prise individuellement et organiquement unie aux autres par un lien social nécessaire, mais second.
Ainsi la famille est-elle une communauté de personnes, la plus petite cellule sociale, et, comme telle, elle est une institution fondamentale pour la vie de toute société[5]. Se pose alors la question de la vérité de la famille comme réalité sociale. Est-elle un échelon intermédiaire parmi d’autres, une invention humaine, ou est-elle conaturelle à l’homme ? De même, la nature de la famille type la subsidiarité, car les besoins ne sont pas les mêmes pour une famille dite classique et une famille monoparentale. Cette évidence risque bien de compliquer l’application de la notion de subsidiarité. Si en effet, celle-ci consiste « à répartir les compétences entre les différents niveaux d'organisation (…) en ne transférant aux niveaux supérieurs que celles auxquelles les niveaux inférieurs ne sont pas en mesure de faire face », il risque d’être difficile, à niveau d’organisation égal, de donner une réponse subsidiaire identique. Cette difficulté a le mérite de mettre en évidence l’application nécessairement individuelle de la subsidiarité. Il ne s’agit donc pas d’imposer un système collectif et anonyme, mais de proposer à chaque personne et à chaque organisation intermédiaire ce qui lui est nécessaire pour son plein épanouissement. Voilà pourquoi  « la socialisation présente aussi des dangers. Une intervention trop poussée de l'État peut menacer la liberté et l'initiative personnelles. [Aussi] la doctrine de l'Église a [-t-elle] élaboré le principe dit de subsidiarité. Selon celui-ci, "une société d'ordre supérieur ne doit pas intervenir dans la vie interne d'une société d'ordre inférieur en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité et l'aider à coordonner son action avec celle des autres éléments qui composent la société, en vue du bien commun" » (CA 48 cf. Pie XI, enc. "Quadragesimo anno")[6]. Allant plus loin dans le refus d’une uniformisation anonyme, le Catéchisme de l’Église catholique insiste : « Le principe de subsidiarité s'oppose à toutes les formes de collectivisme. Il trace les limites de l'intervention de l'État. Il vise à harmoniser les rapports entre les individus et les sociétés. Il tend à instaurer un véritable ordre international. »[7] Toutefois, sans demeurer dans l’ordre de l’État, il faut tenir qu’ « aucune société plus vaste ne doit se substituer à l'initiative et à la responsabilité des personnes et des corps intermédiaires »[8]. Il s’agit bien d’une aide et d’un soutien apportés en premier lieu à l’individu et à la cellule sociale naturelle qu’est la famille. Les corps supérieurs sont au service de l’homme et de la famille qui « doit être aidée et défendue par les mesures sociales appropriées. Là où les familles ne sont pas en mesure de remplir leurs fonctions, les autres corps sociaux ont le devoir de les aider et de soutenir l'institution familiale. Suivant le principe de subsidiarité, les communautés plus vastes se garderont d'usurper ses pouvoirs ou de s'immiscer dans sa vie »[9].  L’Église insiste bien : « là où la famille peut se suffire à elle-même, il convient de la laisser agir de manière autonome ; une intervention excessive de l'État s'avérerait non seulement irrespectueuse mais dommageable, car elle constituerait une violation évidente des droits de la famille ; c'est seulement là où elle ne se suffit pas réellement à elle-même que l'État a la faculté et le devoir d'intervenir »[10].
UNE TRANSFORMATION IMPOSSIBLE ?
C’est toute une éducation des mentalités qui est en jeu. Il faut rééduquer les hommes pour qu’ils se reprennent en mains et surtout pour qu’ils réassimilent ce qui leur échoie. Il faut lutter contre l’assistanat systématique. Il faut donner aux hommes le moyen de grandir.  « Toutefois, en vertu des raisons déjà admises par Nos Prédécesseurs, les pouvoirs publics doivent, d'autre part, exercer leur présence active en vue de dûment promouvoir le développement de la production, en fonction du progrès social et au bénéfice de tous les citoyens. Leur action a un caractère d'orientation, de stimulant, de suppléance et d'intégration. Elle doit être inspirée par le principe de subsidiarité (AAS XXIII 1931 Par. 86-88), formulé par Pie XI dans l'encyclique Quadragesimo Anno: "Il n'en reste pas moins indiscutable qu'on ne saurait ni changer ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale ; de même qu'on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d'une manière très dommageable l'ordre social, que de retirer aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. L'objet naturel de toute intervention en matière sociale est d'aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber" » (AAS XXIII 1931 Par. 86-87. L’équilibre est finalement difficile à trouver. Par ailleurs, il faut rééduquer les institutions elles-mêmes pour les orienter au service et non à la domination ou à la ‘systémisation’.
Au final, il s’agit de redéfinir les fins et les moyens. Remettre l’homme comme finalité des institutions et de l’économie suppose donc une remise en cause profonde du système en place actuellement. L’application du principe de subsidiarité trouve ici sa première difficulté. Comment inverser l’ordre des choses et redonner à l’homme SA place ?
Faire la vérité sur l’homme, sur sa nature, peut peut-être permettre une prise de conscience. Bien sûr, nous savons que l’homme est exploité, nous savons qu’il est souvent trompé par ses dirigeants. Mais est-il utile de réagir si ce sentiment semble butter sur une impasse ? Faire la vérité sur l’homme peut ouvrir à l’espérance et proposer une alternative. Comment faire prendre conscience de cela ? Comment ouvrir les hommes à cette alternative ? Autant de questions qui en supposent une autre : quelle alternative la vérité de l’homme que nous enseigne le Christ, nous invite-t-elle à proposer ? En un mot, quel est le but que nous cherchons à atteindre et, concrètement, comment y parvenir ? Pour répondre à ces questions, nous avons la Foi et l’Église, mais nous devons incarner notre réponse. Les grands principes chrétiens sont valables de façon universelle. Nous devons les appliquer en les incarnant, c'est-à-dire en prenant acte d’une situation donnée, d’une histoire et d’un lieu. C’est pour cette raison que, préalablement à tout autres travaux, il nous paraît important de brosser un tableau de la situation actuelle. Quelle a été l’application de ce principe de subsidiarité dans notre histoire ? Pourquoi une telle application, ou non application ? Quelles ont été les conséquences de cette application ou d’une éventuelle carence ? Forts de ces réponses, nous serons peut-être plus à même de comprendre l’application actuelle de la subsidiarité. Car il nous faut également connaître l’état de la question aujourd’hui si nous voulons pouvoir proposer des réponses adaptées et applicables à des domaines aussi vastes et différents que la famille, l’État, l’entreprise ou encore l’économie.
UN PRINCIPE QUI TENTE DE RATTRAPPER LA RÉALITÉ
En second lieu, l’application de la subsidiarité se heurte à une nouvelle difficulté que nous évoquions plus haut. Les corps intermédiaires ont changé, le monde a changé. La mondialisation et la globalisation ont généré de nouveaux corps supérieurs, reléguant les anciens au rang de corps intermédiaires sans qu’il y ait eu pour autant de transfert de compétences. Ainsi les États se voient-ils dépassés par l’ouverture des frontières ou la multinationalisation des entreprises, nécessitant une organisation supérieure avec transfert de compétence.  « La Fondation Guilé a organisé un congrès à Rome, les 23 et 24 novembre 2001, qui s'est terminé par la publication d'une déclaration commune. Celle-ci constate notamment que "la globalisation est un fait irréversible" et que "ce n'est pas une menace mais un défi dans lequel les libres décisions humaines entrent en jeu avec leur responsabilité (…) L'accent éthique de l'activité économique dans la globalisation doit être placé avant tout sur le bien commun. Ceci signifie : considérer les autres comme des personnes avec leur propre dignité, et non comme des instruments ; prendre soin des pauvres qui indiquent toujours ce qui ne va pas dans le système".Après avoir constaté que les "axes fondamentaux de l'éthique de l'activité économique dans la globalisation" sont la justice, la solidarité et la subsidiarité, les participants à la table ronde ont tiré les conséquences qui en découlent pour l'État et l'entreprise. Ils ont notamment constaté la nécessité de réviser le modèle de l'État du bien-être, de créer des lois qui règlent le commerce mondial et qui donnent de la transparence aux marchés. En ce qui concerne l'entreprise, ils considèrent que le "dialogue entre employés et employeurs" est plus important que jamais pour "trouver des solutions justes" et que l'on doit également "donner davantage d'information aux travailleurs"[11].Aussi faut-il non seulement chercher l’application la plus juste de la subsidiarité, mais encore redéfinir ou redéployer les compétences de chacun. Cela ouvre une troisième difficulté et non des moindres : l’application d’une subsidiarité vraie doit être intégrale. C’est un système entier qui doit être repensé. Cela présuppose une longue éducation des mentalités et une progressive responsabilisation de chaque homme.
Ce qui sous-tend la question de la subsidiarité n’est autre que l’épanouissement de l’homme et le respect de sa dignité. La subsidiarité trouve en effet sa raison première dans l’image de Dieu en l’homme, cette image qui fait de l’homme un être raisonnable et libre, capable de poser des actes raisonnés et personnels. Il appartient à l’homme, de façon intrinsèque, de pouvoir (et de devoir) diriger sa propre vie. La subsidiarité n’est autre qu’un moyen pour l’homme d’exercer cette responsabilité de façon plus forte et plus complète. Si la dignité humaine inclut la capacité rationnelle de l’homme et son autodétermination responsable, il est alors impensable de lui retirer le droit à la subsidiarité. Droit entendu dans ses deux entrées, à savoir le droit à une aide des corps supérieurs et le droit au respect de ce qui lui incombe en propre.  Or, comme le déplorait Pie XII, « dans beaucoup des activités les plus importantes de sa vie, l’homme a été réduit à un pur objet de la société. »Encore une fois, « la société est faite pour l’homme et non l’homme pour la société » [12].
            Thème extrêmement vaste qui suppose une refonte de notre système, mais qui n’est autre que le soubassement de l’ensemble des propositions économiques, sociales et politiques que les chrétiens peuvent verser au panier du vaste débat de société engagé par ces élections présidentielles et dont nous verrons la semaine prochaine quelques éléments plus concrets.


[1]. J.-B. d’ONORIO, « La subsidiarité, analyse d’un concept », in La subsidiarité de la théorie à la pratique, Actes du  XIIème colloque national des juristes catholiques, 20-21 novembre 1993, Paris, Téqui, 1995, p.11.

[3]. Jean-Paul II,  Lettre aux Familles, 16 (2 février 1994).

[4]. Voir Saint Maur lettre n°10 du 5 mai 2006/ Pourquoi la Doctrine sociale de l’Église.

[5]. Lettre aux familles, 17.

[6]. Catéchisme de l’Église catholique ( = CEC), 1883 qui fait référence à l’encyclique Centesimus annus  de Jean-Paul II.

[7]. CEC, 1885.

[8]. CEC 1894.

[9]. CEC 2209.

[10]. Lettre aux familles 17.

[11]. Zénit du 25 novembre 2001.

[12]. Pie XI, Divini Redemptoris.


15/01/2007 10:15
Le logement : droit ou devoir ? (0 commentaire)

 

 

 

 

            La période hivernale, comme chaque année, met en lumière un des travers douloureux de notre société, la question du logement. De tout temps, ce que nous appelons aujourd’hui les “ sans domicile fixe ” ont existé. Du colporteur au mendiant des rues ou des routes, en passant par le journalier qui battait les campagnes pour louer ses bras, une longue cohorte de pauvres sans toit s’étend à travers les siècles. Ce qui faisait partie du paysage social des temps passés, au point d’en être une catégorie reconnue à part entière, avec une véritable fonction sociale, paraît aujourd’hui absolument insupportable et indécent. Nombre d’indignations fusent. « Comment cela est-il possible à notre époque ? »
 Pourtant la question du logement ne concerne plus seulement la pauvreté. Ce qui était important sous l’Ancien Régime c’était l’appartenance à un groupe quel que soit ce groupe. Les corporations professionnelles, les confréries religieuses, le “pays” au sens régional du terme, le clan ou encore la famille constituaient un lieu d’identification par appartenance. Même le pauvre appartenait à un groupe auquel il pouvait s’identifier, se rattacher. L’exclu était somme toute assez rare et c’est d’abord pour cet exclu-là que saint Françoise d’Assise s’est dépouillé. Son souhait était de s’exclure de tous les cadres, y compris de celui des pauvres et des mendiants, pour rejoindre l’exclu. La question du logement était secondaire. Aujourd’hui, un “sans domicile fixe” est d’abord un exclu, car le logement est extrêmement lié à l’intégration. Sans adresse fixe, il est impossible de construire un avenir, car le logement est devenu  un signe de garantie, une sorte de caution. Pour avoir un téléphone portable, il faut une quittance de loyer ou d’électricité. Vous n’êtes pas quelqu’un de crédible sans un logement, ce qui n’était pas le cas il y a quelques siècles. Les lieux d’appartenance traditionnels ont perdu leur force de crédibilité et ne suffisent plus à construire un avenir, à se définir. Inversement, un “sans domicile fixe” est souvent aussi quelqu’un qui est sorti de ces lieux traditionnels. Un SDF est d’abord un sans famille. Que cette famille ait disparu ou que les liens familiaux soient rompus importe peu. Un SDF est donc jusqu’à présent un de ces exclus que voulait rejoindre saint Françoise d’Assise. La perte du logement est le résultat d’une longue déchéance, elle en est le degré ultime avant la destruction progressive de la personne, par le froid, l’alcool, la violence et l’isolement.
            Pourtant, depuis quelques années, nous découvrons une nouvelle situation qui vient se surajouter à la précédente. Comme par le passé, le logement peut être déconnecté de l’exclusion. Mais cette fois-ci, non pas du fait de l’appartenance à un groupe qui maintient l’insertion dans la société, mais du fait de la précarité. L’essentiel des problèmes de logement aujourd’hui concerne des familles entières ou des cadres ayant un revenu fixe, parfaitement insérés dans le monde du travail. Les raisons en sont multiples. La première est l’inadéquation entre l’offre et la demande. Le parc immobilier est largement obsolète. D’une part il ne correspond plus aux besoins actuels ; les familles éclatées, recomposées, n’ont pas les mêmes nécessités qu’une famille nucléaire ou que la famille élargie aux ascendants. D’autre par les densités de population se sont déplacées, de sorte que des villages entiers sont vides alors que des villes sont saturées. Des immeubles industriels désaffectés sont vides, tandis que des familles s’entassent sur de petites surfaces. Enfin, les normes de sécurité et d’hygiène laissent en friche des milliers de logements. Face à cette inadéquation fonctionnelle, l’offre se raréfie et les prix montent, laissant des gens aux revenus modestes dans la rue ou dans des lieux inadaptés pour eux. A l’inverse, la précarité de la vie professionnelle et l’irresponsabilité des locataires ont  paralysé les propriétaires qui préfèrent ne pas louer plutôt que de risquer de mauvais locataires ou se couvrir derrière des cautions insupportables même pour un cadre. Ajoutons pour faire bonne mesure, le spéculateur qui s’intéresse plus à son portefeuille et nous aurons fait un tour assez exhaustif de la situation.
Fort de ce tableau, que penser du ‘droit au logement’ ? Est-il légitime ? Est-il applicable, réaliste ? Mais d’abord que signifie-t-il ? Depuis quelques années, on brandit à tout va ce terme de ‘droit’. Tout est sujet de droit ! Droit à l’avortement et droit à l’enfant. Droit au travail et droit aux 35 heures. Droit à la vie et droit à la mort. Droit à assumer sa sexualité et droit à la famille. Droit au mariage et droit au divorce. Autant de droits qui, au demeurant, se contredisent entre eux, car l’on confond droit à et droit de. On estime qu’il faut légiférer sur tout et que le fait d’avoir un droit de cautionne le droit à. On oublie cependant que le droit de qui relève de la législation, est la codification d’une situation de société qui cherche à régler la vie collective de ses membres.
En revanche le droit à ne relève pas de la loi, même si celle-ci peut le garantir. Le droit à est en dépendance d’une conception philosophique, idéologique ou religieuse qui sous-tend l’ensemble d’une civilisation. Les principes fondamentaux de cette civilisation sont établis comme base du vivre ensemble collectif et du développement personnel et privé. Ces principes expriment une conception de l’homme, de la famille, de la société, du travail. C’est en dépendance de cette conception que se définissent les droits à. Nous voyons l’amalgame dans lequel nous sommes aujourd’hui. De plus en plus de droits ne reposent pas sur des principes de civilisation, mais sur les intérêts et les désirs de groupes  auto constitués par affinité d’intérêts ou de désirs. Dès lors et de plus en plus, les droits et le droit se parcellisent et se communautarisent. D’où des conflits entre les groupes et même à l’intérieur des groupes, chaque personne pouvant être concernée par des droits conflictuels entre eux. Ainsi on peut revendiquer les droits de l’enfant, de la femme et le droit à l’enfant. Dans tout cela qu’est ce qui l’emporte en cas de conflit ?
Il en va de même pour le droit au logement. Face au droit de propriété, au droit de l’État sur les monuments historiques ou de sécurité nationale comment situer ce droit supplémentaire ? De quelle conception philosophique ou religieuse découle-t-il ? Comment l’articuler de façon cohérente et dynamique avec l’ensemble des droits à et des principes de civilisation qui les sous-tendent ?
Pour le chrétien, le logement est une des conditions de la dignité de la personne humaine, car il a trait à la dignité des conditions de vie décente dans la mesure où cela est une condition nécessaire au plein épanouissement de sa personne. Un toit n’est pas le minimum vital exigible. Il faut lui ajouter les conditions de confort et d’hygiène, de développement personnel par un espace suffisant pour l’ensemble de la famille. L’environnement de ce logement doit également être pris en compte. Un logement flambant neuf dans une décharge n’est pas le lieu idéal de l’épanouissement !
Au fond, à y regarder de plus près, il ne s’agit pas d’un droit au logement, mais d’une stricte mise à disposition des moyens d’une vie humaine digne. Le logement n’est qu’un aspect de cette dignité de vie qui, elle, est un droit. Le logement, comme bien d’autres aspects de cette dignité, est en réalité un devoir de la société du XXIème siècle. Il ne l’était pas autrefois car les conditions de vie étaient différentes et le niveau de vie de l’État était différent. Mais aujourd’hui un État qui prône les droits de l’Homme et l’égalité des chances s’impose comme principe de base de donner à chacun les conditions d’une vie digne, nécessaires à son épanouissement. Ce droit opposable au logement est donc une façon déresponsabilisante de masquer ce qui est en fait un devoir de l’État.
Que l’État prenne conscience de ses devoirs est en soi une très bonne chose ; qu’il assume cette prise de conscience serait un pas supplémentaire. Notons cependant que depuis cinq ou six un arsenal législatif incitatif a été mis en place pour résorber la crise du logement. Cet arsenal est largement cohérent avec les principes de doctrine sociale de l’Église dans la mesure où il respecte les intérêts de chacun, responsabilise les propriétaires comme les locataires et invite les pouvoirs publics à prendre largement en considération leurs responsabilités en la matière.
Ce qui est inquiétant dans ce domaine comme dans d’autres similaires, ce sont le vocabulaire et les méthodes employées. Ils courent le risque de la parcellisation et de la mise en opposition des différents partenaires, alors même qu’il dégage l’État de ses responsabilités et de son rôle de médiateur. À développer un système coercitif, on entre dans un système de la contrainte, système forcément minimaliste et défensif. Le devoir de l’État de veiller à ce que l’ensemble de ses ressortissants puisse avoir le nécessaire pour une vie digne, passe effectivement par une politique du logement. Mais cette politique ne peut se faire au détriment d’une partie de la population ou de l’équilibre national, car l’État n’est pas garant du seul logement, mais aussi de la propriété privée, des propriétaires, des locataires. Car un droit au logement peut également se retourner contre les locataires que l’on considérerait trop bien logés. Une des propositions électoralistes en vogue consiste à déloger des HLM les couples dont les enfants ne sont plus au foyer et qui ne justifient plus l’usage d’une surface si grande, pour la donner à d’autres. Certes cela pourrait paraître justice, mais la personne humaine comprend aussi une dimension émotive et affective, ainsi qu’une vie relationnelle, qu’un déménagement peut détruire. Cela entre aussi dans le devoir de l’État au logement, alors que cette préoccupation est absente du droit au logement.

13/10/2006 9:38
Mgr Vingt Trois, un homme à suivre…. (0 commentaire)

Cette semaine, je vais laisser la parole à Mgr Vingt-trois en donnant l’intégralité de son homélie de rentrée des parlementaires, du 10 octobre 2006. Après son homélie aux étudiants, à Chartres au printemps dernier, l’archevêque de Paris montre combien ces questions cruciales lui tiennent à cœur. Il ouvre une piste de réflexion pour les échéances électorales à venir. Saurons-nous le suivre ? Le soutiendrons-nous ?
                       
            Mesdames et Messieurs,

Le don de l’Esprit-Saint que nous invoquons au cours de cette Messe de rentrée ne sera certainement pas superflu pour la vie politique de notre pays au moment où nous entrons dans une série d’élections importantes : présidentielle, législatives et municipales. Mais l’Esprit-Saint peut-il avoir quelque chose à faire dans ce débat ? Il n’est pas futile de se poser la question. A la lumière de la Parole de Dieu, telle qu’elle nous est proposée ce soir, je voudrais évoquer avec vous un moment le don de l’Esprit fait par le Christ dans le Mystère de sa Résurrection et ce qu’il nous permet d’oser mettre en œuvre dans la vie publique.

1. L’espérance en l’avenir.

L’épître aux Romains de saint Paul nous propose la vision chrétienne du cours des choses et de l’histoire des hommes. L’Apôtre nous invite à considérer que la réalité de ce monde n’est pas vouée à l’échec et au non-sens ou au non-être. Chaque génération est appelée à faire face à ses difficultés, mais les embûches et les tracas qui marquent autant chaque vie personnelle que la vie de nos sociétés ne sont pas la clef de notre histoire. Nous sommes dans des douleurs qui ne sont pas les douleurs de la mort, mais les douleurs de l’enfantement.

Beaucoup de nos contemporains sont atteints par le scepticisme ou le cynisme : à quoi bon proposer des solutions, il n’y a rien à faire… A quoi bon choisir des hommes et des femmes pour conduire les affaires du pays, puisque, en tout état de cause, cela ne changera rien… Dans ce contexte, c’est la grandeur et le mérite de celles et de ceux qui se proposent à nos suffrages que de relever les défis du temps présent et de s’employer à proposer des remèdes.

Comment vont-ils briguer les suffrages pour convaincre ? Vont-ils promettre à chaque catégorie de Français une assistance plus généreuse qu’auront à payer les générations suivantes ? Ou vont-ils s’efforcer d’exprimer une vision du bien commun qui mobilise les énergies ? Comment vont-ils puiser le courage de dire les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’on les rêve ? Comment rendre confiance en l’avenir sans exprimer une certaine vision de notre « vivre ensemble » et des tâches auxquelles notre pays doit faire face ?

Il me semble que ce courage de la vérité qui seule peut rendre l’espérance demande une lucidité et un désintéressement particuliers. Seul ce courage permet d’échapper à la démagogie et d’affronter les problèmes réels sans les contourner. Beaucoup des élus de la nation sont convaincus de la nécessité de ce courage. Beaucoup s’efforcent de le vivre. Beaucoup s’y réfèrent dans les dialogues particuliers. Je vous invite à prier pour que cette lucidité et cette vigueur ne s’effritent pas dans la chaleur des campagnes électorales.

2. Le respect des hommes.

Ce serait mépriser la raison des électeurs que croire qu’ils se déterminent principalement sur des critères de publicité médiatique ou en fonction de leurs seuls intérêts particuliers. Ce serait mépriser les électeurs que les juger inaccessibles aux intérêts généraux du pays et incapables de comprendre et d’accepter les réformes nécessaires. Ce serait mépriser les électeurs que croire que la masse d’informations dont ils disposent ne fait pas évoluer leur perception du monde et des enjeux internationaux.

Au contraire, une période électorale intensive peut être une occasion de développer chez beaucoup le sens du bien commun et de l’intérêt général. Est-il permis, en outre, de suggérer que les candidats qui assument cette dimension pédagogique de l’élection font un bon calcul car ils développent déjà les moyens préalables à l’exécution d’une politique responsable ?

3. Les convictions et l’exercice du pouvoir.

Pouvons-nous aller plus loin dans cette référence à la raison humaine pour la gestion des affaires publiques ? Solliciter le suffrage des électeurs suppose de leur dire quelque chose de vrai sur les programmes qui pourraient être mis en œuvre. Les promesses mirobolantes n’abusent personne et ont plutôt pour effet de décrédibiliser ceux qui les font.

Mais les électeurs sont en droit de demander plus encore à ceux qui espèrent leurs voix. Ils doivent connaître, et clairement, leurs convictions sur un certain nombre de questions fondamentales pour l’avenir de l’espèce humaine et pour le respect de la dignité humaine dans notre pays. Nous pouvons sans doute nous réjouir qu’un certain nombre de candidats, potentiels ou déclarés, aient fait connaître leurs projets d’action sur quelques-unes de ces questions. On serait heureux de les entendre sur d’autres sujets qui concernent plus largement nos concitoyens.

Jusqu’où accepteront-ils d’aller dans l’instrumentalisation de l’être humain pour la recherche scientifique ? Comment comptent-ils traiter la question de l’accueil des étrangers dans notre pays ? Quels moyens vont-ils mettre en œuvre pour une meilleure intégration de la jeunesse et son accession au travail ? Comment envisagent-ils de gérer l’évolution démographique de notre société et le partage économique nécessaire qu’elle entraîne ? On pourrait facilement allonger cette liste ou la détailler, mais vous connaissez ces sujets mieux que moi.

En tout cas, la pire des réponses serait d’annoncer une conviction personnelle généreuse, apte à séduire un électorat bienveillant, mais qui serait abandonnée au nom des responsabilités du pouvoir. Il est compréhensible qu’un programme économique soit adapté en raison des évolutions de la situation. Mais il n’est pas admissible, vous le savez bien, de professer des convictions humanistes « à titre privé » et de les contredire quand on a la responsabilité et le pouvoir de les défendre et de les traduire dans la législation.

4. La paix et la sécurité.

L’Évangile selon saint Jean fait retentir la promesse de la paix que le Christ donne à ses disciples. Elle est reprise, vous le savez, en chaque Messe, avant la communion. La paix est une aspiration légitime de toute personne humaine. C’est pourquoi la promesse que le Christ fait aux siens de leur donner sa paix nous paraît tellement correspondre à une attente générale. Sans doute, prêtons-nous moins d’attention à la suite de son propos : « Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » La paix que le Christ promet, et qu’il donne effectivement, n’est pas la simple régulation sociale de la violence, mais la paix complète de ceux qui vivent dans la réconciliation de Dieu en qui s’apaisent toute récrimination contre les autres et tout ressentiment contre soi-même.

Nous savons bien qu’il n’est au pouvoir d’aucun gouvernement d’apporter cette paix qui dépasse de loin les contraintes d’une légitime sécurité. Du moins, cette promesse nous permet-elle de mesurer modestement les limites de la domination de la violence par la force de la loi républicaine. Il est certes du devoir des responsables de la sécurité publique de mettre en œuvre les moyens nécessaires à la sauvegarde de la paix civile. Mais ils savent que cette sécurité imposée n’est que le premier degré d’une véritable paix sociale.

La paix entre les citoyens ne peut se réduire à ce premier degré, elle nourrit une ambition plus haute : faire progresser les conditions favorables à une coexistence pacifique entre les membres du corps social. Ces conditions favorables sont d’abord, évidemment, le respect des convictions religieuses et culturelles particulières, à quoi doit contribuer l’éducation à une laïcité authentique. C’est aussi un investissement déterminé de la puissance publique dans une répartition équitable des ressources et des charges communes. C’est enfin la mise en œuvre des moyens politiques pour le développement des corps intermédiaires qui contribuent à la création et au développement du tissu social : familles, associations, syndicats, etc..

La sécurité et la paix dans notre pays dépendent évidemment de nos relations avec le monde. Ce serait une illusion de croire que la fermeture de notre pays aux économies et aux cultures étrangères serait un gage de sécurité et de paix. Il ne peut pas y avoir de paix durable dans un pays sans un engagement fort dans le dialogue et la coopération avec les autres pays pour faire progresser une plus juste répartition des richesses humaines et un plus réel partage des risques naturels ou économiques.

C’est donc d’abord l’éducation à la solidarité qui construit la paix, non le repli sur nos acquis. La contrainte peut être un moyen nécessaire pour accompagner les progrès de l’intégration à la vie sociale. Elle ne saurait s’y substituer en aucun cas.

En évoquant rapidement quelques unes des questions qui vont s’imposer à notre corps social dans les mois qui viennent, j’ai conscience de rejoindre un certain nombre des interrogations qui habitent vos pensées et qui animent votre action au service de vos concitoyens. J’ai surtout conscience d’avoir formulé des objectifs qui dépassent les possibilités humaines individuelles et font mieux ressortir la grandeur du mandat reçu des citoyens.

Mais permettez-moi du moins de vous partager le fondement de mon espérance pour l’avenir. Sans doute nous n’avons pas à attendre le ciel sur la terre. Sans doute aucune majorité si forte soit-elle ne pourra mener à bien toutes les tâches qui lui incomberont. Sans doute devrons-nous encore longtemps supporter que notre pays soit confronté à des épreuves diverses. Mais la vitalité de notre pays, la générosité des hommes et des femmes qui s’engagent sincèrement dans un service désintéressé de leurs concitoyens sont des réalités et elles peuvent changer beaucoup de choses. Les épreuves inévitables dans toute existence humaine comme dans l’histoire de toute société peuvent devenir les douleurs d’un enfantement si nous les vivons dans une réelle solidarité, si nous construisons une fraternité qui donne son fondement à la liberté et à l’égalité. C’est notre mission à nous, chrétiens, de reconnaître la force divine, l’Esprit du Christ, qui habite tout effort des hommes pour construire un monde meilleur. Ce qui motive notre engagement au service de la construction de la société, ce qui refait nos forces lorsque nos combats paraissent vains aux yeux des hommes, c’est que nous savons que Dieu prépare pour nous le monde nouveau et que chacun de nos efforts, ce que saint Paul appelle nos « gémissements », - ceux de tous les hommes et de la création entière -, forment le matériau que l’Esprit pourra transfigurer. En cette Eucharistie, accueillons déjà le don de la paix que nous fait le Seigneur. Qu’il renouvelle nos forces et qu’il nous donne de nous engager dans l’espérance qui ne déçoit pas,

Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

 

 


11/10/2006 0:27
Le Naufrage de la démocratie chrétienne (0 commentaire)

Pour des raisons techniques je ne parviens pas à enregistrer le texte de cette semaine sur ce blog. Mais vous le trouverez sur

www.christicity.com

Merci et je vous demande de bien vouloir excuser ce contre temps.

Cyril Brun


19/05/2006 12:58
L'immigration, un problème de conscience? (0 commentaire)
            Visiblement, il semble temps de prendre la parole sur le thème de l’immigration. Comme bien des sujets d’actualité, celui-ci est particulièrement sensible, dans la mesure où il est biaisé et politiquement récupéré. Il devient délicat de parler de l’immigration sans risquer le catalogage primaire dont usent abondamment certains milieux politiques ou démagogiques. L’immigration en devient, du reste, un sujet quasiment tabou de la pensée unique ambiante. Il y aurait, à ce sujet, une belle étude à faire sur cette pensée unique. Mais restons sur notre propos suffisamment complexe en lui-même.
            L’immigration est la proie des amalgames, des idées reçues et des raccourcis démagogiques. La droite classique (Nicolas Sarkosy excepté) et le centre n’osent pas aborder le sujet par peur d’être récupérés ou de perdre des électeurs, tandis que la gauche dans son ensemble en fait une affaire de dignité, de cœur et d’affectivité, face à une extrême droite exaspérée qui en nourrit le cœur de son program