Créer son blog

Blog mis à jour: 24/04/2008 16:39




Cyril Brun

 

Après une maîtrise d'histoire médiévale, trois années de philosophie, un DEA d'histoire patristique, deux années de théologie, je poursuis mes recherches sur l'application de la foi chrétienne dans la société en économie et en politique. Je suis membre du GRHIS de l'Université de Rouen. Directeur de l'Institut Guillaume de Volpiano de septembre 2006 à juin 2007. Actuellement, j'achève ma thèse et une formation en théologie à l'Université Pontificale de la Sainte Croix à Rome.

Depuis 2001, je me suis spécialisé en Doctrine Sociale de l'Eglise. Je viens d'achever un livre , Pour une spiritualité sociale chrétienne, aux Editions Tempora.

http://www.editionstempora.fr/

Vous pouvez également me retrouver sur Christicity.com  (http://www.christicity.com)

Musicien, ancien chef d'orchestre (j'ai suivi les cours de direction au CNR de Lyon) , ancien directeur artistique de l'Abbaye de Fécamp, j'occupe ce qu'il me reste de temps libre à ma passion, les spectacles musicaux, entre deux sorties en aviron ou à la montagne et quelques articles dans le magazine Res Musica.(www.resmusica.com)



Contactez l'auteur

Infos auteur

Catégories

Accueil
économie
l'engagement chrétien
mondialisation
politique intérieure
principes de doctrine sociale
Société
spiritualité
spiritualité socio économique
toutes...

Notes récentes
La prière 4
[24/04/2008]

La prière 3
[24/04/2008]

Benoît XVI à l'ONU/ recen..
[13/04/2008]



Albums photo Curiculum Vitae


Mes Fichiers
La mondialisation
Le chrétien face à la guerre
La Trinité et la Création en quelques mots
Le droit à la subsidiarité
les principes de la doctrine sociale
Thème des cours et conférences

Mes Liens
diffusion membres
partenaires


Bague de mariage




Soyez averti lors de l'ajout d'une nouvelle note sur ce blog

Envoyez l'adresse de ce blog à un(des) ami(s)



visites





13/04/2008 9:53
Benoît XVI à l'ONU/ recentrer sur le Christ (0 commentaire)

            Dans une courte allocution, mardi 8 avril, Benoît XVI, parlant de sa visite du 18 avril prochain à l’ONU, a déclaré qu’il y allait pour « proclamer cette grande vérité : Jésus-Christ est l'espoir pour les hommes et les femmes de toutes langues, races, cultures et conditions sociales ». Le pape entend y apporter « le message d'espoir chrétien [...] aux représentants de tous les peuples du monde ». Car « plus que jamais, le monde a besoin d'espoir, espoir de paix, de justice et de liberté, mais cet espoir ne peut être accompli sans obéissance à la loi de Dieu, que le Christ a portée à son accomplissement dans le commandement de s'aimer les uns les autres ». « Faites aux autres ce que vous aimeriez qu'ils fassent pour vous, évitez de faire ce que vous ne voudriez pas qu'ils vous fassent, cette ‘règle d'or’ est donnée par la Bible, mais elle est valable pour tous, même pour les non-croyants […] C'est une loi inscrite dans le coeur humain, nous pouvons tous nous y retrouver. »

            Après la courte polémique orchestrée par les journalistes à la fin de l’année 2007, prêtant à Benoît XVI de fallacieux propos contre l’ONU, le pape entend donc se rendre au palais de verre, comme Paul VI et Jean Paul II, en tant que chef de l’Église catholique, vicaire du Christ, pour parler en son nom. Les différentes allocutions du saint Père et ses deux encycliques montrent bien sa préoccupation essentielle : tourner le regard des hommes vers le Christ. Il me semble que cette préoccupation devrait être la source de l’action de tout chrétien et particulièrement de tout chrétien engagé dans le monde politique, économique et social. Malheureusement, nous constatons bien souvent une étrange dichotomie entre l’agir chrétien et le but vers lequel tend cet agir, entre faire des choses chrétiennement, dans un esprit chrétien, avec des valeurs chrétiennes, et conduire chaque homme au Christ. Car le but et la raison d’être de l’Église, le but et la raison d’être de la mission, de l’évangélisation, n’est pas de faire une société culturellement chrétienne, mais de mettre le Christ dans le cœur des hommes ; or nous oublions bien souvent que pour le chrétien ce qui est central, c’est le Christ.

            Qu’est ce que cela veut dire ? Qui est le Christ ? En effet si être chrétien c’est être disciple du Christ, la première des questions est de savoir qui l’on suit. Or dans bien des cas et particulièrement dans l’agir socio-politique, le Christ est réduit à un exemple à suivre ou relégué à la sphère privée, quand il n’est pas instrumentalisé. Certes le Christ a prêché aussi par son exemple, son comportement, mais il n’a jamais laissé de normes politico-sociales ! Il est venu non pour donner un régime politique, mais pour révéler et relever la nature la plus profonde de l’homme. Avant tout autre chose, le Christ est venu pour l’homme. Il n’est pas venu pour une société, pour un système, mais pour l’homme et pour un peuple. Cette double dimension de la mission du Christ nous invite donc à porter notre regard sur l’homme et le peuple. C’est, ayant appris du Christ qui est l’homme et quel est ce peuple, que le disciple peut alors se mettre à sa suite et remplir en lieu et place du maître la mission qui lui revient ; mais bien souvent nous assistons à des missions autoproclamées qui  se trouvent bien loin de la mission du Christ. Le Christ n’est pas venu faire du politiquement correct ni émouvoir, avec des paroles choisies, la sensibilité des hommes, or malheureusement nombre de nos engagements chrétiens prennent cette voie-là. Le christianisme devient social au sens actuel du terme ou schizophrène : on agit pour les pauvres, on lutte contre les souffrances et cela devient une fin en soi ; on vit professionnellement, civiquement d’une manière et, en famille, d’une autre. Certes, il est éminemment chrétien de lutter contre l’injustice, contre la faim, la souffrance, mais ce n’est pas d’abord ce qu’est venu faire le Christ ; ce n’est donc pas non plus la mission première du chrétien, même si cet aspect est inséparable de la mission première puisqu’elle la nourrit, l’accompagne et peut en être la conséquence.

            Le Christ est venu pour que l’homme ait la vie en plénitude ; aussi le chrétien, en mission au nom du Christ, est là pour que l’homme ait la vie en plénitude. Le chrétien n’est pas un membre d’une association de charité, même si c’est la charité qui préside à l’ensemble de ses actes. Le chrétien est avant tout un membre du corps ressuscité du Christ, participant de la mission même du Ressuscité : donner la vie en abondance par le retour vers le Père. La mission unique, mais fondamentale du Christ et donc du chrétien, la voici : donner Dieu au monde pour que, par le Christ, l’homme ait la vie en abondance. Mais la vie en abondance ce n’est pas une vie terrestre si belle soit-elle, car cette vie de par sa finitude ne peut être abondante, ni en plénitude. À vouloir soulager les misères du monde, nous avons peut-être oublié que ce monde n’est pas la Terre Promise par Dieu. La Terre Promise, notre héritage, l’objet des soins même de la Trinité, la raison d’être de la croix du Christ c’est Dieu lui-même. Or à chercher la meilleure vie possible ici-bas, on en oublie de chercher la meilleure vie qui soit. Bien souvent pour améliorer la vie présente, on hypothèque la vie future. C’est ainsi que des chrétiens se déclarent pour l’avortement, pour l’euthanasie, pour le mariage homosexuel. Nous avons, par un excès de générosité et de compassion à la souffrance d’autrui, oublié ce qu’est la véritable félicité de l’homme. Nous sommes tellement dans cette course effrénée de la non-souffrance, voire de l’hédonisme, que nous ne voyons plus ce qui réellement comble l’homme. En recherchant les anti-douleurs, nous avons oublié de regarder la blessure et en fin de compte nous avons focalisé notre regard sur la souffrance et non plus sur la maladie et par là nous avons oublié qui est l’homme. Or le Christ nous révèle qui est l’homme et surtout nous révèle le chemin qui comble l’homme, comme Benoît XVI nous le rappelle dans ses deux encycliques et comme il le redira vendredi prochain au monde entier.

            Certes nous devons soulager la misère de l’homme, mais en tant que chrétiens nous sommes appelés à soulager la douleur la plus fondamentale de l’homme, celle de sa rupture avec Dieu. Ne nous trompons pas de combat ! Jusque dans les plus infimes actions sociales, caritatives, c’est contre cette souffrance que nous devons lutter, parce que tant que celle-ci subsistera, toutes les autres subsisterons. C’est bien là une des grossières erreurs de  nombre de ceux qui veulent utiliser la doctrine sociale de l’Église. Son but n’est pas de faire un monde meilleur et parfait, mais d’ouvrir les chemins du Père. La doctrine sociale n’est qu’un des moyens, très particuliers, de conduire au Christ. Si nous faisons de la doctrine sociale un ensemble de préceptes pour bien vivre ici-bas ou pour développer une culture chrétienne, nous demeurerons ici-bas ; or le Christ nous appelle à monter vers le Père. Si nous cherchons à soulager les misères présentes seulement pour ce monde-ci, nous nous fermons à l’espérance et nous ne vivons pas en chrétiens.

            Peut-être nous faut-il, à nous chrétiens, redécouvrir le Christ ! Sa centralité, la réalité profonde de sa mission ; peut-être nous faut-il réapprendre à le regarder monter vers le Père ; peut être l’avons-nous un peu trop parcellisé entre un Christ terrestre qui pense aux souffrances présentes et un Christ céleste qui nous parle du Père, car lorsque le Christ guérit, c’est un signe de la venue du Royaume. La préoccupation du Christ est à chaque instant le bonheur ultime de l’homme. Ne dit-il pas à ses disciples qui s’indignent de l’argent gaspillé pour un parfum et que l’on aurait pu donner aux pauvres : « Des pauvres vous en aurez toujours » ? Cela ne veut en rien dire qu’il faut remettre en cause la générosité et la spontanéité du cœur, au contraire[1], mais ne perdons pas de vue que nous sommes témoins et acteurs d’une espérance qui va bien au-delà des biens de ce monde. Notre action, en tant que chrétiens, se révèle souvent bien stérile précisément parce que nous la référons trop aux réalités quotidiennes considérées comme des finalités, alors que ces réalités doivent être le point de départ pour une autre réalité plus haute qui est précisément l’objet de notre espérance, de notre foi, mais aussi de notre agir. Mais peut-être, là aussi et avant tout, avons-nous tous besoin de grandir ; peut être ne sommes-nous pas nous-mêmes aussi convaincus qu’il le faudrait que ces biens à venir sont les plus désirables.

            Si Dieu a sacrifié son propre Fils ce n’est pas pour des biens périssables, mais pour un bien impérissable : le vrai bonheur de chaque homme.

 



[1] Afin de ne pas encourir le risque d’une critique injustifiée, pour la nécessité de donner le nécessaire avant de donner Dieu, selon l’exemple de saint Vincent de Paul disant : « Avant qu’ils s’occupent de leur âme il faut qu’ils puissent avoir conscience qu’ils en ont une », je renvoie à mon livre, Pour une spiritualité sociale chrétienne, éd. Tempora, Perpignan, 2007, p. 78.





08/02/2008 8:36
Pour une spiritualité sociale Chrétienne/ recension la Nef! (0 commentaire)

La Nef - Néel de Néhou - N°190 - février 2008

Chrétiens dans le monde, rêve impossible ou schizophrénie chronique ?

Aujourd'hui, les chrétiens cherchent leur place en tant que tels, dans un monde qui fuit en avant, préférant l'individualité à l'épanouissement de l'homme. Et comment s'investir, en tant que chrétiens, dans un monde qui nous rejette ?

Cyril Brun répond, en s'appuyant sur la légitimité des chrétiens à annoncer, à transmettre, à apporter la vérité au monde, en vivant pleinement des repères et balises héritées du Magistère. Les chrétiens ont la possibilité et le devoir de transmettre au monde la doctrine sociale de l'Eglise, ils ont des réponses et des propositions à apporter.

Pour une spiritualité chrétienne recèle les éléments de formation nécessaires à la construction de tout engagement en tant que chrétien.

dans un livre vivant et à la lecture aisée, l'auteur décrit le lien entre la doctrine et la pratique. Chaque chapitre manifeste cette alliance entre spiritualité et vie chrétienne, en observant tous les apsects et enjeux de l'actualité politique, économique et sociale.

Son regard pragmatique, éclairé par le Christ, et à la lumière de la Doctrine sociale de l'Eglise, nous apporte une vision claire de l'homme en tant que serviteur du Royaume dans un monde qui l'attend, agonisant. Il met en oeuvre nos responsabilités en tant que chrétiens, alors que nous sommes parfois tentés de séparer en deux parties notre identité de baptisés, tentés de mettre la lumière sous le boisseau du relativisme ou d'un militantisme aveugle.

Monseigneur Rey, préfaçant cet ouvrage, rappelle l'Espérance et la fécondité de tout engagement chrétien : "La Vérité est génitrice".

 





12/01/2008 13:43
Quelques mots de doctrine sociale (0 commentaire)

Le mercredi 2 janvier 2008, j'ai répondu à un certain nombre de questions d'ordre générale et pratique sur la doctrine sociale de l'Eglise.

En voici sur Forum Catholique le contenu. Vous pouvez encore poser des questions durant quelque temps si vous le souhaitez.

 

http://rendez-vous.leforumcatholique.org/forum.php?id=37





21/04/2007 19:19
Le Christ serviteur (0 commentaire)

 

 

            La mission du Christ n’est autre qu’un service. Elle est même LE service, tant parce que ce service est accompli dans sa plénitude comme un acte de pur amour, que parce que ce service est par lui-même un acte d’amour pour l’amour, en vue de l’amour.

 

"Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner ma vie en rançon pour la multitude" (Mt 20,28).

 

Par cette seule phrase Jésus donne l’essence même de sa mission. Le Christ, le Messie, l’Oint du Seigneur, n’est pas un prince à servir, il est un serviteur de Dieu en mission. Quelle est sa mission ? Donner sa vie en rançon ! Auprès de qui est-il envoyé ? Pour la multitude ! Tout est dit. L’acte qui sauve le monde est un acte de service. Comme Adam ayant refusé d’avoir Dieu pour maître, entraîna toute l’humanité dans le péché[1], Jésus en acceptant de n’être que le serviteur du maître divin, entraîne avec lui toute l’humanité qui désire revenir sous le joug du Seigneur. "Comme par la désobéissance d'un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l'obéissance d'un seul la multitude sera constituée juste." (Rm 5,19)
Il y a un lien ontologique entre service et obéissance. Il est impossible de servir un maître sans se mettre à sa disposition et obéir à ses volontés. « Le Baptême de Jésus, c'est, de sa part, l'acceptation et l'inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Il se laisse compter parmi les pécheurs (cf. Is 53,12); il est déjà "l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde" (Jn 1,29) ; déjà, il anticipe le "baptême" de sa mort sanglante (cf. Mc 10,38 ; Lc 12,50). Il vient déjà "accomplir toute justice" (Mt 3,15), c'est-à-dire qu'il se soumet tout entier à la volonté de son Père  : il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (cf. Mt 26,39). À cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance en son Fils (cf. Lc 3,22 ; Is 42,1). L'Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient "reposer" sur lui (Jn 1,32-33 ; cf. Is 11,2). Il en sera la source pour toute l'humanité. À son Baptême, "les cieux s'ouvrirent" (Mt 3,16) que le péché d'Adam avait fermés ; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l'Esprit, prélude de la création nouvelle[2]. »

 

Pour mieux comprendre en quoi et comment un simple service peut sauver le monde, il nous faut contempler la création du monde :
« Retenons pour notre exposé que la création est instantanée et donc hors du temps, c’est à dire permanente. Ce qui est normal ; puisque Dieu créateur est hors du temps, ce qu’il fait est permanent. La Création est donc un acte permanent de Dieu.
 [Retenons également que] Dieu crée pour communiquer sa bonté et son amour à la Création et pour reproduire dans la créature sa bonté.
Or, chaque créature ne peut recevoir qu’une partie de cette bonté divine et donc, ne peut que la représenter imparfaitement. Aussi, la multiplicité des créatures permet à l’une d’avoir  ce qui manque à l’autre. C’est pourquoi, l’ensemble de l’univers représente Dieu mieux que chacune des créatures. Il y a donc une hiérarchie des espèces représentant les degrés de perfection dans la participation à la bonté divine.
De là, quatre conclusions s’imposent :
-          Le monde est excellent non parce que les créatures sont excellentes individuellement, mais par l’harmonie de créatures inégalement bonnes.
-          Dieu aurait très bien pu faire un autre monde que celui-ci et peut-être meilleur.
-          Mais, pour la fin que se propose Dieu, (communiquer au monde sa bonté) ce monde est le meilleur.
-          Ainsi, toutes les choses qui proviennent de Dieu sont ordonnées entre elles et à Dieu.
C’est pour cela qu’est bon ce qui est ordonné à la fin et, inversement, est mauvais ce qui est désordonné par rapport à la fin (c'est-à-dire ce qui ne conduit pas à la réalisation du plan amoureux de Dieu).

 

Dès lors, deux questions se posent : qu’est-ce que le mal ? pourquoi le mal ?

 

            Le mal est en fait une privation de perfection dans un sujet à qui cette perfection est due ; par exemple, l’homme parfait n’est pas conçu avec des ailes, ce n’est donc pas un mal que l’homme n’ait pas d’ailes. En revanche, un homme sans bras est un mal, car il fait partie de la perfection de l’homme d’avoir des bras. En outre, on ne trouve jamais le mal en soi. Jamais nous ne trouvons dans la nature la surdité, mais nous trouvons une personne sourde. Le mal est donc toujours dans un bien préexistant. Aussi, seul Dieu est-il parfaitement bon. Et tout ce qu’il crée est participation à sa bonté. Or, il est évident que dans le monde nous constatons la corruption (c’est à dire la privation d’un bien de l’être), donc le mal est dans le monde.
À ce stade de notre exposé, trois remarques s’imposent :
1° Dieu vise à la perfection du tout, comme nous venons de le dire ; donc, il veut le bien de chaque partie dans la mesure où elle est nécessaire au tout.
2° La négation du bien n’est pas un mal. Le néant n’est pas mauvais. Pour qu’il y ait mal, il faut qu’il y ait une ordonnance naturelle dont on est privé. (cf. exemple plus haut).
3° Un bien peut coexister avec la privation d’un autre bien. Mais un bien ne peut exister et coexister avec sa propre privation : je ne peux pas être aveugle et voir en même temps.
            Il y a en outre deux formes de mal :
            1° La forme ontologique d’abord : le mal atteint la forme ou l’intégrité de la chose. Le coupable n’est pas maître de son action
            2° le mal opératif : acte posé vers un mal. Dans ce cas, le coupable est maître de son acte.
En résumé, le mal est ce qui contrarie le désir naturel d’être complètement et parfaitement
.
            Alors, pourquoi le mal ?

 

Pour être cause de quelque chose, il faut d’abord être, or nous avons vu que le mal n’a pas d’être. Le bien est donc nécessairement cause du mal. Mais, il est évident que le bien ne peut être cause du mal par nature. Il l’est donc par accident en causant un bien qui s’accompagne d’un  mal. Or, toute créature est limitée, donc imparfaite, donc elle peut causer un mal par accident. Aussi, le mal provient-il d’une causalité déficiente, d’un bien déficient. Le mal ne peut donc venir de Dieu qui est perfection.
Quant à la déficience originelle des choses créées, ce n’est pas un mal, parce qu’elles ne sont pas ordonnées à être autre chose que ce qu’elles sont ; c’est à dire à être aussi ce dont elles sont naturellement déficientes (un homme sans ailes). Le mal provient donc de la cause déficiente comme principe d’un acte mauvais.
Dieu n’est pas responsable de l’acte causé par cette causalité déficiente. Le péché consiste, en effet, à s’éloigner du bien voulu par Dieu et qui est Dieu. Or Dieu ne peut s’éloigner de Lui-même. Mais le fait que Dieu permette le mal respecte la liberté de la cause déficiente (que ce soit l’ange ou l’homme).
Aussi, le mal suprême ne peut exister car il ne peut y avoir suppression totale du bien sans suppression du mal. Le mal, en effet, a besoin d’affecter un bien. Si le bien disparaît, le mal disparaît avec lui (l’aveugle qui meurt). En outre, le mal est toujours un accident, il n’est donc pas un principe premier, à la différence du bien qui est l’être, principe premier.

 

Résumons-nous :
                        -     Dieu crée par amour et en perfection.
-          Dieu crée en permanence et par un acte d’amour permanent.
-          L’homme est de fait responsable de la Création parce qu’il  peut de par sa faiblesse lui faire du mal.
-          Le mal qui ne peut pas ne pas être peut être limité par :
1)     notre propre volonté
2)     la grâce de Dieu respectant notre liberté. Dieu est toujours à l’œuvre dans le monde, mais il veut la participation de l’homme.

 

Aussi, pour arrêter la spirale du mal, le chrétien est-il en première ligne, mais il faut qu’il s’y mette dans son quotidien.

 

ð     A chaque fois que je fais le mal, je détruis du bien. Même minime, mon mal participe au mal général et détruit l’équilibre de l’œuvre de Dieu. Voilà pourquoi le Christ nous dit : « qui n’est pas avec moi est contre moi ».
ð     Le Christ qui a participé à la première Création est venu, par la grâce de sa croix, inaugurer une seconde Création, à son tour fondée sur le bien et l’amour, pour restaurer le monde dans le bien et cesser la spirale du mal.
ð     Le disciple n’est pas au-dessus du maître, c’est pourquoi le chrétien se doit d’entrer à la suite du Christ pour lutter contre la progression du mal et faire triompher la plénitude du bien, de l’être, de l’amour.
Ceci fait de nous sommes les responsables de la Création, (donc coupables lorsque nous  propageons ou laissons propager le mal) mais surtout, les hérauts  du bien et de l’amour, les défenseurs de la Création renouvelée [3]. »

 

Mais au-delà de cela, Dieu crée par amour. Ce qui veut dire que c’est l’amour qui est créateur de bien, ce qui en soit est relativement logique. Aussi, dès lors que je pose un acte bon et amoureux, je participe à l’œuvre créatrice de Dieu et donc à la restauration du bien détruit par le mal. Plus mon amour sera pur, plus ma participation sera grande, plus la restauration du monde sera importante. Mais il est évident que face aux nombreux péchés et actes destructeurs, il m’est difficile de restaurer seul le monde, ni même mes simples péchés. Il faudrait un acte infini (sans limite et permanant) d’un amour infiniment pur. Seul Dieu infini peut poser un acte infini d’amour pur.
Cet acte infini d’amour pur est précisément le service que vient effectuer le Christ, Fils de Dieu sur la Croix. Voilà pourquoi, le Christ est LE serviteur qui vient réduire à néant le mal, par cet acte d’obéissance et de service amoureux. « Les traits du Messie sont révélés surtout dans les chants du Serviteur (cf. Is 42,1-9 ; cf. Mt 12,18-21 ; Jn 1,32-34, puis Is 49,1-6 ; cf. Mt 3,17 ; Lc 2,32, enfin Is 50,4-10 et Is 52,13-53,12). Ces chants annoncent le sens de la Passion de Jésus, et indiquent ainsi la manière dont Il répandra l'Esprit Saint pour vivifier la multitude : non pas de l'extérieur, mais en épousant notre "condition d'esclave" (Ph 2,7). Prenant sur lui notre mort, il peut nous communiquer son propre Esprit de vie. [4]»
Car y a-t-il plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ses amis ? Alors c’est en mourrant que le Christ servira le plus efficacement. Non seulement, il est serviteur, mais il est bien ce serviteur souffrant tant attendu depuis Isaïe[5]. «  Après avoir accepté de lui donner le baptême à la suite des pécheurs (cf. Lc 3,21 ; Mt 3,14-15), Jean-Baptiste a vu et montré en Jésus l'"Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde" (Jn 1,29 cf. Jn 1,36). Il manifeste ainsi que Jésus est à la fois le Serviteur souffrant qui se laisse mener silencieux à l'abattoir[6] (Is 53,7 cf. Jr 11,19) et porte le péché des multitudes (cf. Is 53,12), et l'agneau pascal symbole de la rédemption d'Israël lors de la première Pâque (Ex 12,3-14 cf. Jn 19,36 ; 1Co 5,7). Toute la vie du Christ exprime sa mission: "servir et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Mc 10,45)[7] »

 

            Nous percevons mieux dès lors ce lien intrinsèque que Benoît XVI entend mettre en exergue dans son exhortation apostolique (point de départ de notre réflexion sur le serviteur, rappelons-le !), lien entre l’eucharistie et l’engagement missionnaire pour le Royaume dans le monde actuel.


[1] CEC 539 : « Les Évangélistes indiquent le sens salvifique de cet événement mystérieux. Jésus est le nouvel Adam, resté fidèle là où le premier a succombé à la tentation. Jésus accomplit parfaitement la vocation d'Israël: contrairement à ceux qui provoquèrent jadis Dieu pendant quarante ans au désert (cf. Ps 95,10), le Christ se révèle comme le Serviteur de Dieu totalement obéissant à la volonté divine. En cela, Jésus est vainqueur du diable: il a "ligoté l'homme fort" pour lui reprendre son butin (Mc 3,27). La victoire de Jésus sur le tentateur au désert anticipe la victoire de la Passion, obéissance suprême de son amour filial du Père. »

 

 

[2] CEC 536.

[3] Extrait de Cyril Brun, Quelques mots  sur la Trinité, Thème 2 : La création , Cours au PNM, La Flèche, 2001.

[4] CEC 713.  

[5] CEC 601 : « Ce dessein divin de salut par la mise à mort du "Serviteur, le Juste" (Is 53,11 cf. Ac 3,14) avait été annoncé par avance dans l'Écriture comme un mystère de rédemption universelle, c'est-à-dire de rachat qui libère les hommes de l'esclavage du péché (cf. Is 53,11-12 ; Jn 8,34-36). S. Paul professe, dans une confession de foi qu'il dit avoir "reçue" (1Co 15,3) que "le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures" (ibidem; cf. aussi Ac 3,18 ; 7,52 ;13,29 ;26,22-23). La mort rédemptrice de Jésus accomplit en particulier la prophétie du Serviteur souffrant (cf. Is 53,7-8 et Ac 8,32-35). Jésus lui-même a présenté le sens de sa vie et de sa mort à la lumière du Serviteur souffrant (cf. Mt 20,28). Après sa Résurrection, il a donné cette interprétation des Écritures aux disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24,25-27), puis aux apôtres eux-mêmes (cf. Lc 24,44-45). »
CEF 170 : « En accomplissant ses différents miracles, Jésus se révèle comme le Serviteur annoncé par les prophètes. Exorcismes et guérisons sont réalisés pour que s'accomplisse "la parole prononcée par le prophète Isaïe: Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies" (Mt 8,17). »
CEF 182 :  « Ce Jésus, dont le comportement et la Parole sont uniques, qui est-il en définitive? Israël attendait le Messie, ne serait-ce pas lui?
 Au début de son ministère, à la synagogue de Nazareth, Jésus s'applique à lui-même un passage d'Isaïe (cf. Lc 4,18-21)  où il affirme être le Prophète annoncé. À l'adresse de Jean Baptiste, Jésus souligne la correspondance entre les promesses messianiques et ce qui se passe depuis qu'il a commencé à annoncer le Royaume, revendiquant ainsi la qualité de Messie (cf. Mt 11,3-5); mais il est Messie serviteur, celui qui deviendra le Serviteur souffrant. C'est lui le Messie de Dieu, objet des espérances d'Israël et dont toute l'histoire Sainte a annoncé et préparé la venue: "Je ferai avec vous une Alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David" (Is 55,3 cf. Lc 1,31). »

 

[6] CEF 265  « Saint Paul déclare: "Dieu a exposé Jésus Christ, instrument de propitiation (on pourrait traduire aussi: instrument d'expiation)  par son sang moyennant la foi" (Rm 3,25). Le corps de Jésus recouvert du sang de sa passion est ici symboliquement comparé au "propitiatoire", c'est-à-dire au couvercle de l'arche d'Alliance, qui dans le Saint des Saints était aspergé du sang des victimes. Dans les deux cas, il s'agit d'abord et avant tout d'une intercession, d'une demande de pardon, ordonnée à la réconciliation. De même, le Serviteur souffrant d'Isaïe, auquel pensaient les auteurs du Nouveau Testament pour comprendre la passion de Jésus, offrait sa vie en expiation et "intercédait pour les pécheurs" (Is 53,12). Jésus est également établi "propitiation" (ou "expiation")  pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi "pour ceux du monde entier" (1Jn 2,2). Il a "été un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple" (He 2,17). 
 La souffrance de Jésus, qui est la conséquence du péché des hommes, et que Jésus accepte en communiant à la volonté du Père, est l'expression de toute sa force d'intercession pour le pardon des pécheurs. En Jésus l'intercession se fait sacrifice de la vie, don du sang exprimant un amour plus fort que la mort. »

 

 

[7] CEC 608


26/03/2007 19:19
LE DROIT À LA SUBSIDIARITÉ 3 (0 commentaire)

             Cette redéfinition de la subsidiarité, dont nous parlons depuis trois semaines maintenant,  doit se faire à tous les échelons, en amont et en aval de l’État. Il convient donc de proposer une nouvelle redistribution des rôles et attributions de chaque société intermédiaire, conformément aux principes évoqués au début de cette réflexion. Cette redéfinition suppose un important travail de responsabilisation des hommes. Il faut lutter contre l’individualisme et recréer des solidarités. La subsidiarité et le rôle de la famille sont ici capitaux pour sortir de l’impasse actuelle. Un immense travail de revalorisation des solidarités traditionnelles est à entreprendre. Nous constatons actuellement un regain pour ce type de liens. Mais il reste de fortes oppositions idéologiques qu’il faudra mettre à terre. Voilà pourquoi, une immense étude préalable sur les idéologies destructrices qui nous précèdent est incontournable. Il nous appartiendra ensuite de prendre leur contre pied point par point. Un énorme travail d’information et de discussion est en perspective. Le plus grand combat n’est rien moins que la restauration de la dignité humaine et de la conscience de cette dignité dans des personnes déshumanisées. Aussi convient-il de proposer des mesures concrètes qui respectent la dignité humaine.
Ainsi les salaires doivent-ils être décents et permettre au travailleur de faire vivre sa famille et d’épargner. L’État peut édicter des règles pour les contrats de travail, de façon à éviter les rapports de forces inégaux. Les conditions de travail doivent respecter l’homme, en matière d’hygiène et de sécurité, d’horaires de travail, d’organisation et de participation. Des chartes de qualité pénalisantes pour les employeurs devraient être mises en place.
            Le profit ne doit pas devenir la loi de l’Entreprise. La redistribution du profit doit être développée ; il faut en trouver les meilleures modalités. Une taxe sur les profits non redistribués pourrait permettre de limiter certains abus. Cette taxe pourrait être reversée au service des démunis et des exclus ou dans la lutte contre le chômage. Il est effectivement anormal qu’une entreprise licencie pour ne pas diminuer les bénéfices de ses actionnaires. En revanche, il ne faut pas faire fuir les actionnaires. Là encore un équilibre est nécessaire, ainsi qu’une rééducation des mentalités. Favoriser l’actionnariat des employés peut aussi être une forme de participation aux responsabilités de l’Entreprise.
            Toutefois, le salaire ne doit pas non plus handicaper l’entreprise. Ici, libéraux et keynésiens se disputent, mais dans la réalité leurs deux théories sont conjointes. Le SMIC qui devrait maintenir la demande est un frein à l’emploi, mais une faible consommation par manque de demande est aussi un blocage. La solution serait de maintenir le salaire net tout en diminuant le salaire brut, c’est à dire les charges patronales et salariales. Le rapport OCDE de 2002 est éloquent à cet égard : en France, la baisse des charges sociales a été créatrice d’emplois (et non les 35h). Il faut cependant rester attentif aux abus que pourraient provoquer les minima sociaux en entraînant le développement d’un chômage volontaire. La prime à l’emploi mise en place par le gouvernement Raffarin (déduction d’impôts) constitue, semble-t-il une réponse efficace.
 
Il ne faut pas oublier que l’homme doit rester au centre des préoccupations. A chercher des solutions économiques nous pourrions avoir tendance à l’oublier. Ainsi, par exemple, la tendance actuelle des entreprises à revaloriser l’homme, comporte-t-elle quelques effets pervers. Si valoriser l’homme signifie respecter sa dignité, c’est très bien. Si valoriser l’homme signifie optimiser le capital humain, alors là, il y a danger d’une nouvelle forme d’asservissement. À quel prix, l’homme restera-t-il la principale préoccupation sans que cela ne gêne la bonne marche de l’entreprise ? Ici se pose alors une nouvelle question. Le maintien du salaire doit-il être prioritaire en période de crise ?  Un mieux vivre doit l’emporter sur un mieux gagner.
Enfin, il faut repenser la formation et accentuer la formation permanente. Il faut en outre repenser la représentation salariale totalement obsolète. La représentation corporatiste et le système d’alarme sociale qui privilégie le dialogue et la responsabilité de tous à la gestion de l’entreprise, semblent être de nouveaux relais envisageables.
            Aujourd’hui, il est impossible de penser l’économie de façon isolée. Le développement doit prendre en compte la solidarité internationale. Pour ce faire, il faut :
                                            •  Mettre en place un fond mondial de soutien aux pays                                                                   pauvres.
§         Instaurer des relations commerciales équitables.
§         Signer des conventions internationales assurant la régulation des prix, voire leur garantie, notamment pour les matières premières et les produits agricoles.
§         Soutenir les industries naissantes, en autorisant notamment à protéger son Marché intérieur, le temps de pouvoir s’adapter à une concurrence internationale qui serait alors loyale.
Nous savons qu’à terme ne pas aider les économies les plus pauvres se révèlerait dramatiquement  dangereux pour les pays les plus riches, mais il faut tirer les conséquences du passé et organiser une autre forme d’aide.
            Il est important de respecter les traditions et les cultures. Le progrès doit prendre sa source et son dynamisme, avant tout, dans le travail et le savoir-faire des pays eux-mêmes. Le temps de l’assistanat est révolu, comme l’a bien compris le CCFD. Il faut, en outre responsabiliser les organisations internationales afin qu’elles aient les moyens de promouvoir et de régler le commerce international et qu’elles puissent réellement apporter une aide technique, culturelle et financière efficace. La méthode consiste donc à stimuler l’activité économique et à créer plus de richesse. Pour ce faire, il faut encourager le progrès technique, l’esprit d’innovation, la création et l’extension d’entreprises, ainsi que l’adaptation de méthodes modernes.  En un mot, il faut abandonner l’idée qui considère les pauvres comme un fardeau. Gaudium et spes rappelait : « Le progrès des nations sous développées peut constituer une grande chance pour la croissance morale, culturelle et même économique de toute l’humanité. » Ne perdons pas de vue que l’inégalité entre les peuples n’est pas une fatalité, mais une injustice. À cet égard, il convient de se pencher sur la question de l’endettement des pays du Tiers Monde. L’endettement n’est pas en soi un problème, s’il finance l’investissement. Mais le surendettement, lui, conduit à la banqueroute, contraignant ainsi le FMI à intervenir, tel un pompier, ou conditionnant son intervention à une politique d’ajustement structurel,  il devient alors un gendarme. Or ces politiques ont souvent des effets pervers, car elles sont déflationnistes ; s’en suivent alors des coupes budgétaires sur les programmes sociaux et un accroissement  de la misère et du chômage.
Jean-Paul II ne remet pas en cause le fait de rembourser ses dettes. « Le principe que les dettes doivent être payées est juste » (Encycl. Centesimus annus), mais ce principe ne doit pas avoir des conséquences insupportables. Il faut donc trouver et proposer « des modalités d’allègement, de report et même d’extinction de la dette, compatibles avec le droit fondamental des peuples à subvenir à leur subsistance et à leur progrès » (ibid.).
            Ces considérations ont conduit l’Église à prendre position sur le commerce international, considéré globalement comme un bienfait, puisqu’il permet des contacts entre les peuples et constitue un facteur de croissance économique et donc de prospérité. Toutefois l’Église se prononce pour la liberté de commerce et non le libre échange ! Mais « le problème essentiel est d’obtenir un accès équitable au marché international, fondé non sur le principe unilatéral de l’exploitation des ressources naturelles, mais sur la valorisation des ressources humaines »(Paul VI, Encycl. Populorum progressio). Il faut bien garder à l’esprit que le commerce n’est pas un absolu, il n’est qu’un moyen. La liberté économique quant à elle n’est qu’une dimension de la liberté humaine et doit donc, de ce fait, rester en dépendance de cette dernière. C’est pourquoi, la première des choses à faire en économie est d’y introduire des valeurs et passer du free trade au fair trade (commerce juste). C’est en ce sens et sous cet aspect que l’Église va encourager et soutenir les organisations internationales. Mais l’Église va plus loin en se prononçant en faveur d’un ‘label social’ qui permettrait d’ouvrir les marchés mondiaux aux entreprises en justifiant. Il appartient aux fidèles concernés de trouver la modalité d’application d’une telle mesure.
Dans une plus large perspective, la mondialisation n’est donc ni bonne ni mauvaise. C’est ce que nous en faisons qui l’est. C’est pourquoi, il convient d’encadrer cette mondialisation en renforçant les organismes internationaux existant et en en promouvant d’autres. Il leur appartiendra de contrôler et d’orienter cette mondialisation afin de faire de l’économie ce qu’elle doit être : un instrument du Bien Commun, ce qu’aucun État n’est plus en mesure de faire seul, aujourd’hui. Dans ce contexte international, la recherche du Bien Commun est LE principal défi de tous ceux (individus, entreprises, États) qui sont concernés par la mondialisation et le projet éventuel de ‘gouvernance mondiale[1]’.
La mondialisation a ses exclus. Qu’il s’agisse de pays entiers ou de particuliers dans les pays riches, cette nouvelle forme d’exclusion tend à se développer, alors qu’aujourd’hui, plus que par le passé, nous avons les moyens de lutter contre, et même de l’annihiler. La simple justice sociale et recherche du Bien Commun y pourvoiraient, or nous constatons que les aides au développement sont peu efficaces. Nous constatons aussi que la mondialisation avec ses zones de non droit représente un danger réel pour l’équilibre écologique. En outre, cette mondialisation, tous azimuts et sans direction, engendre des peurs nombreuses concernant la perte des identités culturelles nationales. En parallèle à ces craintes, nous avons vu que les politiques traditionnelles de lutte contre l’inflation et le chômage ne fonctionnaient plus. La ‘stagflation’ (stagnation du chômage et de l’inflation) empêche toute régulation ordinaire. La tendance néolibérale des années 80 s’essouffle car elle se révèle à terme tout aussi impuissante que Keynes. La mondialisation a déstabilisé les mécanismes qui étaient jusque-là essentiellement nationaux. Or, quand l’agent ‘reste du monde’ devient essentiel dans l’économie d’un pays, l’autorégulation est inefficace. À titre d’exemple, cet agent était de 15% du PIB français pendant les trente glorieuses, alors qu’il atteint aujourd’hui 33%. Toute politique économique nationale est donc vouée à l’échec. Il est incontournable de faire des concessions et de donner priorité à l’intérêt général sur les intérêts nationaux. Le choix monétaire européen qui a conduit les pays membres à renoncer à leur souveraineté en la matière les a finalement libérés. Depuis, il est possible de ré-envisager un mécanisme de régulation keynésien, car l’agent ‘reste du monde’ (hors zone Euro) est réduit. La mondialisation rend donc nécessaire cette convergence des politiques économiques et appelle de plus en plus fortement la création d’organismes, voire de pouvoirs supranationaux.  C’est pour toutes ces raisons que l’Église milite pour un ‘Groupe de Gouvernance Mondiale’ (3 G) dont les attributions et fonctions devraient recouvrir les champs suivants :
§         Veiller à ce que la mondialisation profite à tous.
§         Être fondée sur la subsidiarité.
§         Porter une plus grande attention aux États-Nations et aux conséquences de leurs politiques internes.
§         Être attentif aux obligations internationales de ceux-ci.
§         Veiller à l’acceptation des principes de base du multilatéralisme.
§         Assurer le développement des organisations internationales.
§         Créer un organisme mondial pour l’environnement
§         Intensifier les efforts visant à introduire une certaine éthique dans les relations internationales.
§         Donner plus de pouvoir à l’OIT (Travail).
Dans le domaine de la finance, il existe déjà un certain nombre d’actions conformes à l’esprit chrétien, visant à encadrer la globalisation financière. Les différentes politiques menées par les banques centrales pour endiguer – ou essayer, une crise boursière, en créant des liquidités ( ex : la baisse des taux intérêts). La création d’instruments prudentiels ou de contrôles comme la COB va dans le même sens, ainsi que la volonté (récente) de lutter contre l’argent sale. Mais il faut aller plus loin et développer un principe, un esprit et une philosophie des problèmes monétaires. Un principe doit dès lors gouverner l’ensemble. L’existence d’un marché (ici monétaire) est de soi une bonne chose et son fonctionnement doit reposer sur un maximum de liberté. Mais cette liberté ne doit pas être totale. Nous avons vu combien est dommageable cette globalisation tous azimuts. Il faut donc parvenir à un renforcement des contrôles internationaux ; lutter pour encadrer voire supprimer les paradis fiscaux ; limiter les mouvements de capitaux à courts termes (notamment spéculatifs) qui sont catastrophiques pour l’équilibre mondial.  Nous pouvons méditer, ici, l’exemple du Chili qui contrôle les entrées de capitaux pour ne pas recevoir des capitaux spéculatifs et instables. C’est dans cette même lignée que la taxe Tobin sur les mouvements de capitaux a été proposée.
            Mais ce principe doit être animé d’un esprit : le souci des plus pauvres doit prévaloir. Il faut donner la priorité aux PMA, c’est la pure logique de la justice sociale et de la charité, commandées par le Bien Commun et l’amour divin. C’est dans cette optique qu’il faut resituer la remise de la dette. La taxe Tobin, si elle était créée, pourrait être reversée à cette intention. Mais déjà, les pays riches pourraient-ils respecter leur engagement de verser 0,7% de leur PIB à l’aide au développement. Un impôt facultatif volontaire pourrait faire appel à la générosité des particuliers. Celui-ci pourrait éventuellement alimenter un fond international pour le développement. Enfin, il faut faire face aux situations asphyxiantes, envisager l’annulation de la dette. À titre personnel, en revanche, je suis hostile au principe culpabilisant qui veut que les vieux pays coloniaux réparent les préjudices que l’on considère qu’ils ont causés. Je pense qu’ils ont apporté aussi bien des éléments positifs par leur passage et que les liens privilégiés qui restent noués participent de cette restauration ; en cela je me pose en faux face à Mgr Schooyans, mais cet avis est personnel et n’engage en rien les fondements de la D SE.
            Bien sûr, une philosophie sous-tend l’ensemble de cette réflexion et doit tenir lieu de fondement. « Il est cependant clair que face à l’argent, les digues morales ne tiennent guère » ( Ph Sénaux ), mais alors dans ce cas, préconise-t-il, à profits privés, risques privés. Il ne peut être question de tirer seul des bénéfices qui font courir des risques à toute la communauté et réciproquement. Il conviendrait donc d’envisager une assurance des crédits internationaux. D’une manière générale, la responsabilisation de chacun est primordiale. En cela, il faut intensifier la mise en place de la subsidiarité. Il faut ‘ faire avec’ et non ‘ faire à la place’.
            Toutefois, avant de penser à faire bouger les choses autour de nous, commençons par nous faire bouger nous-mêmes !  Il faut recentrer les forces chrétiennes et ordonner une nouvelle ligne de conduite responsable. La nouvelle évangélisation va de pair avec cette refonte complète de la société. La première étape de cette nouvelle évangélisation doit toucher les chrétiens eux-mêmes et rayonner par contagion de cercles concentriques. Il faut que les chrétiens les plus vifs, à la foi la plus ardente soient les premiers à se mobiliser et à unifier leurs comportements, en vue de cette conversion. Puis, il faut que ceux-ci, une fois affermis, affermissent leurs frères. Il faut donc mettre en œuvre tout un programme de formation des chrétiens et les orienter dans une même direction. Il faut aussi et surtout les convaincre que ce qui compte c’est notre vie avec Dieu, il faut donc lutter pour apprendre aux  chrétiens à se détacher des choses contingentes et les y aider. Il faut aussi et surtout recréer une conscience d’Église. Il faut que les chrétiens réapprennent qu’ils sont une seule Église, un seul corps. Les liens du baptême doivent prévaloir sur les autres liens. Il faut aussi les préparer au combat qui ne manquera pas dans une société qui opposera d’énormes réticences. Ce combat ira, et c’est certain, jusqu’au martyre. Il faut que les chrétiens l’acceptent et y soient préparés. Tant qu’ils n’en seront pas là, alors rien ne sera possible car, comme les autres, ils auront souci de leur pré carré. Il y a là un immense message à faire passer et toute une réflexion à mener sur le moyen de le faire. La base de cette réflexion nous est déjà donnée dans Gaudium et Spes, comme une maxime : « Fidèles au Christ et à son évangile, pour que toute leur vie, tant individuelle que sociale, soit pénétrée de l’esprit des Béatitudes et en particulier de l’esprit de pauvreté. » Le chrétien possède la grâce extraordinaire de pouvoir faire cesser, là où il est, la spirale du mal en refusant la compromission, la complicité passive, l’omission. Nos comportements ne sont pas neutres et pèsent sur l’ensemble de la société ! La consommation des chrétiens, les choix éducatifs des familles chrétiennes, les manifestations ou associations de promotion, de défense des valeurs chrétiennes et de la charité, peuvent avoir un poids énorme, s’ils sont concertés et orientés. Nos choix personnels et nos comportements face à l’argent, la consommation, les biens du monde, l’usage de nos biens, les investissements doivent être guidés par la foi et les commandements divins ; c’est ainsi que Paul VI constatait que « la tentation de l’avarice est la forme la plus évidente du sous-développement moral » (PP).
Dans ce domaine, il faut encourager et développer les placements éthiques. Ils peuvent au demeurant servir à financer de grands projets humanitaires (comme le fait le CCFD) ou de réforme sociale. La priorité est donc de reformer les consciences chrétiennes et par contagion, celles des autres hommes, autour de principes élémentaires : honnêteté dans les affaires ;  absolue condamnation de la drogue et de la pornographie qui ne sont que des palliatifs au vide spirituel ; valoriser l’être et non l’avoir ; faire de l’écologie une priorité ; lutter pour restaurer et sauver la famille ; être un citoyen actif.  « Le Concile exhorte les fidèles ‘à remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l’esprit de l’Évangile. Ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future, croient pouvoir, pour cela négliger leurs tâches humaines sans s’apercevoir que la foi même (…) leur en fait un devoir pressant.’ Que les fidèles soient désireux de pouvoir ‘mener leurs activités terrestres en unissant dans une synthèse vitale tous les efforts humains et familiaux, professionnels, scientifiques, techniques, avec les valeurs religieuses sous la souveraine ordonnance desquels tout se trouve ordonné à la gloire de Dieu[2]» concluait, en 2002, la note doctrinale à propos des questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique. Il faut que le catholique ait le courage d’oser proposer ; le courage d’agir dans tous les domaines de sa vie.
À l’ensemble de ces propositions[3], j’ajoute l’enjeu du développement durable[4] comme médiation possible de leur réalisation et vecteur d’évangélisation, pour au terme de ces trois semaines d’études sur la subsidiarité, inviter à nouveau les chrétiens à faire de l’Évangile une force de proposition pour les enjeux électoraux de 2007 et pour l’ensemble de la législature à venir.

 

 



[1].  Voir Saint- Maur lettre n° 23 du 22 sept 2006 / La gouvernance mondiale.

[2]. GS 43 

[3] . Ces quelques lignes  sont une rapide synthèse des proposition de plusieurs auteurs parmi lesquels Ph. Sénaux, Dire sa foi dans un monde économique, Paris, DDB,  2003 ; Mgr Schooyans,  Pour relever les défis du monde moderne, l’enseignement social de l’Église, Paris, Presses de la Renaissance, 2004.

[4]. Voir Saint- Maur lettre n°14 du 2 juin 2006/ L’évangélisation par le développement durable.


19/03/2007 11:07
LE DROIT À LA SUBSIDIARITÉ 2 (0 commentaire)

 

Fort du préambule de la semaine dernière et afin de mieux apporter notre pierre à l’édifice que les chrétiens souhaitent bâtir pour la France d’après mai 2007, voici quelques pistes de réflexions pratiques autour du principe fondamental de subsidiarité.
  1. La dignité de l’homme
Le concept de dignité de l’homme est généralement admis comme un des droits fondamentaux, mais cette dignité ne semble pas recouvrir la même acception pour tout le monde. Or la dignité de l’homme, puisée au cœur de l’image trinitaire, est le fondement le plus profond de la subsidiarité telle que l’Église l’envisage. Faire reconnaître et admettre la dignité de l’homme comme intrinsèque, et non en dépendance d’un système ou d’une plus value apportée à la société économique, nécessite une large prise de conscience de la valeur de l’homme et de la vie. C’est un lieu commun de dire que les droits les plus fondamentaux sont menacés. Dénoncer ne suffit visiblement pas face aux immenses intérêts économiques. Rééduquer l’homme à sa propre vérité ne risque-t-il pas de prendre plus de temps que la destruction des droits elle-même ? Jean-Paul II a passé l’essentiel de son pontificat dans ce combat. Quelles portes a-t-il ouvert ? Quelles portes sont encore fermées ? Où en sommes-nous ? Quel chemin faut-il encore parcourir [1] ?
  1. L’homme dans l’entreprise
Enjeu délicat et sensible, la place de l’homme dans l’entreprise est plus que tout autre soumise aux conditions de rentabilité. Par endroit, il s’agit de totalement renverser le cours des choses. Comment passer d’un système qui exploite l’homme et nie sa responsabilité et son épanouissement personnel, à un système chrétien, sans ruiner l’entreprise et le système économique en place ? Où et comment trouver l’équilibre entre un engagement professionnel épanouissant et une vie privée protégée ? Comment donner à chacun la possibilité de faire fructifier ses talents et d’apporter sa pierre à l’édifice dans une entreprise de plus en plus anonyme où les actionnaires (partenaires nécessaires) exigent et espèrent un rendement optimum ? Comment engager ici un processus de subsidiarité ? Quel est le corps supérieur dans l’entreprise[2] ? L’entreprise peut-elle fonctionner selon le principe de subsidiarité [3]? Derrière cela se trouve la question de la nature de l’entreprise et de sa place dans le Bien Commun.
  1. L’agriculture
De nature délicate et souvent polémique, la gestion de l’agriculture pose clairement la question de la subsidiarité. La Politique Agricole Commune (PAC) est précisément un contre-exemple de subsidiarité puisqu’elle repose sur une législation venue d’en haut et une conception financière de l’aide. Il ne s’agit pas là d’aider le niveau inférieur à réaliser ce qui n’est pas de sa compétence, mais de planifier d’en haut une maîtrise de l’agriculture pour éviter surproduction, chute des prix ou raréfaction des produits. Est-il possible de quitter une planification handicapante sans risquer un effondrement du monde agricole ? Comment gérer qualité et quantité sans un recours autoritaire à l’Etat ?
Entre les travaux d’instituts comme l’INRA qui visent à améliorer qualité et rendements, les exigences des grandes surfaces qui veulent rentabiliser leurs investissements et les agriculteurs confrontés aux impératifs financiers et aux exigences des consommateurs et des grandes surfaces, ne sommes-nous pas en train de nous éloigner de la subsidiarité primaire au profit d’un imbroglio d’intérêts, image d’un monde déconnecté du Bien Commun le plus élémentaire ?
  1. L’éducation
De plus en plus, parler de la subsidiarité nous ramène à l’éducation. Dans un système en crise, les parents se rappellent qu’ils sont les premiers éducateurs et revendiquent ce droit. Mais comment maîtriser l’éducation de ses enfants dans un système totalisant et aussi anonyme que peut l’être l’Éducation Nationale en France qui tend à exercer un quasi monopole ? Ouvert à toutes les critiques, le système, souvent considéré et parfois conçu comme un diffuseur du bien-pensant ambiant, n’en finit pas de sombrer dans la crise ; d’auxiliaire des parents, il devient une machine au passage obligé et normalisant. Comment les parents peuvent-ils retrouver ce droit à l’éducation de leurs enfants dans cette situation de quasi monopole ? Sommes-nous toujours responsables de nos choix quand ceux-ci sont limités ? Comment replacer l’éducation scolaire dans l’ensemble de l’éducation intégrale de l’enfant ? Comment proposer une alternative aux parents pour les aider à redevenir les vrais maîtres de l’éducation ? Cela suppose peut-être une question préalable : qu’est-ce qu’éduquer ? Est-ce simplement enseigner, dispenser un savoir ? Qu’est-ce qui, dans l’éducation, est du strict domaine des parents ? À quoi la subsidiarité s’étend-elle ? Devons-nous souhaiter un ministère de l‘instruction publique ou de l’Éducation Nationale ?
  1. Vers un fonctionnement chrétien de l’économie
Énorme difficulté s’il en est ! Même si nous avions un programme d’action précis, même s’il y avait une volonté unanime de ‘christianiser’ l’ensemble de l’économie mondiale, pourrions-nous y parvenir ? Comment passer d’un système à l‘autre sans risquer l’effondrement de toute l’économie ? Comment christianiser progressivement l’économie ? Avant tout, il convient de connaître ce qui est déjà christianisé, ce qui peut l’être, ce qui ne le peut pas et ne le doit pas. En un mot, sur quoi devons-nous nous appuyer ? Que devons-nous réorienter ? Contre quoi devons-nous absolument lutter ? Quels sont les risques d’une réorientation ? De quels moyens disposons-nous ?
  1. Subsidiarité et droit
" La Loi sert à réguler ce qui est nécessaire, dans le respect du principe de subsidiarité, pour un plus grand pluralisme et la cohabitation pacifique des citoyens", rappelait Mgr Martin
Le colloque de la confédération des juristes catholiques de France relevait en 1993 que ce principe n’était pas nécessairement celui qui guidait le droit actuel[4]. Alors que Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée Nationale, soulignait à la rentrée dernière ‘l’inflation  législative’, peut-être serait-il opportun de passer l’ensemble de la législation, et particulièrement la législation internationale au filtre de la subsidiarité. La Loi respecte-t-elle la liberté privée et l’usage de la responsabilité humaine ? La nature de la Loi est-elle contraignante ou socialisante ? Peut-être l’inflation législative que déplorait le président Debré a-t-elle aussi des racines dans une carence en subsidiarité telle, qu’elle a conduit à une déresponsabilisation poussée de l’homme, au point qu’il faille combler cette carence par la contrainte[5].
  1. L’État Nation à l’heure des grands ensembles mondiaux 
Nous posons ici le problème de la réaffectation des corps intermédiaires. Les données du monde ayant changé, les besoins et compétences ont été répartis différemment. Cet état de fait peut expliquer en partie une perte de repères. Qui fait quoi ? Qui a besoin de quoi ? L’exemple concret de l’ONU ou de l’Europe pousse à un certain nombre de constatations. Lorsque les États délèguent une compétence, l’institution est crédible et efficace. Lorsque les États conservent leurs prérogatives, les institutions s’auto-paralysent. Une fois encore, comment réaffecter les compétences, et en vertu de quoi ? Difficile question sur laquelle vient se greffer l’attachement affectif légitime à un pays, une histoire, une nation[6].
            L’apport de la pensée chrétienne peut donc être capital pour construire la France de demain. Le simple fait d’interpeller, de poser toutes ces questions est déjà une énorme contribution qu’il faut pousser plus avant en osant proposer des réponses. C’est très brièvement ce que nous tenterons de voir la semaine prochaine. Les quelques pistes de réflexion tracées aujourd’hui se veulent d’abord un appel aux chrétiens responsables pour pousser plus avant la réflexion et les inciter à prendre fait et cause pour elles, afin de s’en faire l’écho et le héraut.

 



[1]. Voir Saint- Maur lettre 18 du 30 juin 2006/ La dignité humaine.

[2]. Ibid. n° 6 du 7 avril 2006/ Réformer les syndicats.

[3]. Ibid. n°1 du 3 mars 2006/ L’actionnariat syndical. 

[4]. J.-B. d’ONORIO, « La subsidiarité, analyse d’un concept », in La subsidiarité,  de la théorie à la pratique, Actes du  XIIème  colloque national des juristes catholiques,  20-21 novembre 1993, Paris, Téqui, 1995.

[5]. Cf. Saint- Maur lettre n° 13 du 20 mai 2006/ Responsabiliser ; ibid. n° 38 du 12 février 2007/ Norme et légalisation.

[6]. Ibid. n° 8 du 21 avril 2006/ La crise de l’État ;  ibid. n° 38 du 12 février 2007/ Norme et légalisation.


04/03/2007 15:50
La couleur de la Croix (0 commentaire)

 

            Parmi les nombreux amalgames touchant aux chrétiens, celui de l’assimilation politique est des plus paradoxaux. Nous savons combien la politique est un vilain mot qui fait peur aux chrétiens. Il fait peur parce que c’est un monde où on se salit les mains, un monde où l’on peut facilement perdre son âme, un monde où l’on ne fait pas facilement l’unanimité. Or nous avons parfois tendance à dévier de son sens premier la formule paulinienne ‘tout à tous’. Extrapolant la vocation ecclésiale qui transcende toute vision politique du monde, tout clivage, nous avons tendance à vouloir transposer la paternité sacerdotale, à la vocation laïque, en faisant ainsi une sorte de position affadie. Ce ‘tout à tous’, ne signifie en rien l’absence de clivage. Le Christ lui-même nous dit que sa venue apporte la division. Être tout à tous cela ne signifie pas être acceptable par tout le monde, donc sans engagement qui risque de nous faire perdre certaines amitiés, relations. Être tout à tous signifie se donner pleinement, dans l’intégralité de son être et de son agir, pour que chaque être humain pris individuellement puisse s’épanouir en Dieu. Nous sommes souvent paralysés par l’obsession de ne pas fermer de porte, de ne pas prendre des décisions, des orientations trop marquées qui risqueraient de  braquer nos contemporains, alors finalement, nous leur servons le minimum acceptable, tronquant bien souvent la vérité, sous couvert de charité.
            Et nous commettons là l’erreur grossière d’opposer vérité et charité. Cette opposition stérile est du reste la racine de la division actuelle des catholiques. Les tenants de la Vérité s’enfoncent dans un rigorisme littéral, tandis que les partisans de la charité s’enlisent dans un angélisme tétanisant. Bien sûr, la Vérité se trouve dans l’équilibre. Comme le dit le psalmiste, amour et vérité s’embrassent. Il ne peut y avoir de vérité sans amour ni d’amour sans vérité. Comment puis-je aimer si je trompe l’autre. Laisser croire que la vie chrétienne est facile, qu’on ira tous au paradis, c’est mentir et donc ne pas aimer l’autre. Si j’aime l’autre en vérité, je n’aurai de cesse qu’il trouve le chemin de Dieu et qu’il y réalise son épanouissement. À l’inverse vouloir que tout le monde se convertisse et adhère à l’intégralité du message de foi, de la Vérité, sans étape intermédiaire, est illusoire. Les conversions à la Claudel sont tout de même assez rares ! La conversion est un lent cheminement, un passage progressif des ténèbres à la lumière. Exiger tout de suite un état de sainteté et une adhésion plénière à la foi, est en effet le meilleur moyen de braquer les néophytes. Mais les laisser croire, dès le début, qu’ils peuvent se contenter d’un minimum acceptable relève du mal car c’est leur fermer l’accès à la vie éternelle. Ce n’est pas en trichant sur le panneau qui annonce le degré de la côte que nous allons changer la réalité de cette côte. Ce n’est pas non plus en tétanisant le coureur au pied de la côte que nous l’aiderons à monter. Sur la Vérité repose l’Amour, mais l’Amour permet à la Vérité de prendre vie en nous. Voilà pourquoi il convient de dire clairement la Vérité, de montrer la direction, de ne pas cacher les difficultés du chemin, mais également d’accompagner tout au long du chemin, soutenir, encourager, exhorter, par une présence, par un exemple. Si nous ne montrons pas le chemin en vérité, personne ne le prendra. Si nous n’accompagnons pas sur le chemin avec amour, personne n’arrivera au bout, nous les premiers.
            Si nous avions moins peur de la Vérité et de ses exigences, nous aurions sans doute moins peur de nous engager et par là même de déplaire. Cela suppose aussi de notre part un plus grand attachement au Christ, à la Vérité, au Chemin qu’il est. L’Amour n’a jamais eu peur de la Vérité et la Vérité n’a jamais eu peur de l’Amour, puisque l’une comme l’autre sont des noms divins. La question est plutôt de savoir où, en nous, se fait l’équilibre.
            Autre réticence à l’engagement des chrétiens, ne pas colorer le message de la Croix. La Croix n’est ni rouge, ni bleue, ni blanche, ni pomme, ni rose, ni faucille. Elle est au-delà de ça, ce qui ne veut pas dire qu’elle leur est étrangère ou extérieure.  Là encore c’est une question d’équilibre, entre ceux qui utilisent la foi comme argument politique et ceux qui réfutent tout engagement sous couvert de la foi. Si nous ne sommes pas du monde, nous sommes tout de même dans le monde et à ce titre acteurs. La dignité de l’homme dans sa ressemblance à Dieu porte en elle la capacité, et donc le devoir, de prendre part, de façon responsable, à la gestion de sa vie et du monde qui l’entoure. Quiconque n’y participe pas se conduit en simple consommateur du monde, de la vie sociale et politique. S’il n’y apporte pas sa part, c’est un parasite. Ce qui est contraire aux épîtres pauliennes.  La participation à la vie civique est un devoir éminemment chrétien. À cet endroit l’homme exerce pleinement sa liberté pour construire le Royaume  …  ou le détruire.
C’est pourquoi il n’appartient pas à l’Église de donner des consignes de vote. Si l’Église se doit de rester en dehors du monde politique, si ses prêtres sont tenus à un évident devoir de réserve, il ne peut en être de même des fidèles, sans quoi nous laisserions le monde aux mains des non-croyants, nous reléguant nous-mêmes au rang de citoyens de seconde zone, subissant passivement le monde. En revanche, il appartient au magistère de l’Église d’aider au discernement des fidèles en leur donnant les moyens de faire un choix incarné, cohérent avec la foi. C’est tout l’enjeu de la doctrine sociale de l’Église. Se situant bien au-delà des idéologies et des partis, l’Église en condamnant telle ou telle proposition, rappelle le chemin qui va vers Dieu.
            C’est ensuite aux chrétiens eux-mêmes d’être capables de passer au dessus de leurs intérêts personnels, de leur pré carré, d’être capables de se remettre en cause dans leurs convictions profondes si elles ne s’avèrent pas compatibles avec la foi.  Être de tradition de gauche ou de droite ne peut être une réticence suffisante face aux données de la foi. Or nous connaissons ce clivage aux aspects multiples, ‘catholiques de gauche’, ‘catholiques de droite’.  Ce clivage introduit tous les amalgames, les plus indigents qui soient, depuis la vision sociale attachée aux plus pauvres, jusqu’au retour du roi vicaire de Dieu sur terre. Il y aurait là un vaste commentaire à faire sur l’utilisation sociale de l’évangile ou sur la royauté terrestre du Christ. On ne trouvera rien dans l’évangile capable d’asseoir l’une ou l’autre position. L’utilisation très affective de l’évangile par une certaine gauche est abusive et repose sur une compréhension erronée des paraboles. Il faudrait ici aborder  la place de la dignité humaine face à l’assistanat ou à la planification socialiste. De la même façon, il faudrait regarder cette même dignité humaine face aux excès du libéralisme, du déséquilibre dans la répartition des richesses. Il existe une voie médiane équilibrée qui repose sur l’évangile et la doctrine sociale de l’Église. Une voie qui fait de l’homme tourné vers Dieu son credo ; une voie qui s’attache à l’épanouissement de l’homme, de tout homme, de tous les hommes ; une voie sise sur les réalités concrètes de ce monde. C’est cette voie que les chrétiens devraient travailler à construire, au-delà des clivages droite/ gauche. Mais cela suppose que de tous bords chacun accepte de transcender ses habitudes et ses certitudes pour construire cette voie nouvelle que propose la doctrine sociale de l’Église. À qui s’arrête en effet un instant sur cette doctrine sociale, il apparaît immédiatement évident qu’un programme politique, au sens noble du terme, se dessine naturellement, au service de l’homme et du Christ. Ce n’est pas un programme de conversion, ce n’est pas un programme missionnaire au sens dix-neuvièmiste du terme, c’est une vision laïque, chrétienne, du monde à construire. Si tout ceux, ô combien nombreux, qui travaillent sur cette doctrine, de près ou de loin, les associations chrétiennes engagées dans le monde politique, social et économique voulaient bien se réunir en une vaste fédération pour ouvrir cette voie, il est fort probable que nous changerions notablement la donne dans ce pays.

18/12/2006 20:53
Un Bien ne peut jamais justifier un mal (0 commentaire)
Faut-il encore reparler du Téléthon ? La question soulevée par l’observatoire du diocèse de Toulon mérite d’être élargie. L’ambiguïté du Téléthon se retrouve à plus d’un endroit de la société. Bien des organismes, bien des entreprises, bien des lois ont tout à la fois des conséquences bonnes et mauvaises. La polémique autour du Téléthon pourrait donc être généralisée à l’ensemble des entreprises humaines litigieuses. Au fond quelle est la question ? Toujours la même. L’action entreprise nous conduit-elle vers Dieu ou non ? Conduit-elle celui qui la réalise et conduit-elle celui qui en bénéficie ? Pour le chrétien, il ne saurait y avoir d’autre question. Une fois dit cela, tout reste cependant à faire, car chaque situation est unique. S’il revient à l’Eglise de rappeler les grandes lignes de la foi et de la loi divine et naturelle, il appartient, en revanche à chacun de prendre seul face à lui-même et à Dieu (c'est-à-dire en conscience) la décision qui engagera, devant Dieu et devant les hommes, sa responsabilité. Nous avons souvent tendance à nous réfugier derrière la société et par là même à nous excuser de ne pas faire les choix que nous voudrions, parce que le monde est ainsi fait. Mais en réalité, la société en tant que telle ne pose pas d’acte, c’est toujours un homme en tant que sujet qui, au sein de cette société, pose un acte, prend une décision. Que cette décision soit personnelle, collective ou au nom de la communauté, de la société, de l’Etat, ne change rien au fait que ce n’est pas la société qui agit, mais un homme ou un ensemble d’homme. Au final, c’est toujours MOI qui pose un acte et qui en suis responsable. J’aurai beau accuser la société, elle n’ira jamais répondre devant un tribunal. C’est moi qui serais face au juge, face à mes enfants, face à mes proches, pour répondre de mes actes. Seul l’homme a la capacité de faire des choix libres et conscients. L’animal fera un choix d’ordre vital et réflexe. L’homme, lui fait un choix d’ordre moral. La morale n’est pas le catalogue de ce qui est permis ou non, de ce qui est bien ou mal. La morale est d’abord le chemin qui ouvre à la Béatitude. La morale ne nous situe pas dans l’ordre du bien et du pas bien, elle balise un chemin de liberté en vue de la vie éternelle. Ce que regarde la morale ce n’est pas le mal, le péché, le défendu, ni même le bien, le juste, le permis, tout cela n’est qu’étapes et moyens. La morale est tendue vers le but, vers la réalisation ultime, le Bien absolu qui comblera l’homme. La morale ne regarde pas à ses pieds pour ne pas trébucher. La morale ne se regarde pas elle-même pour se dire ‘tu es bien, tu n’es pas bien’. La morale reste les yeux rivés sur Dieu, elle ne voit que Dieu et le monde à travers Dieu. La morale, en définitive, c’est la lumière qui jaillit de Dieu et qui éclaire le chemin de celui qui regarde Dieu. La doctrine sociale de l’Eglise est un des rayons de cette lumière divine. Nous avons tendance à inverser notre conception du monde, de la morale et donc de notre agir quotidien. Notre tendance, en effet est de regarder où l’on met les pieds, de regarder à droite ou à gauche, pour voir ce qu’il y a à côté. Par cette attitude nous restons fermés sur nous même et sur le monde. Nous restons attirés par le monde et ses multiples tentations. Le monde est finalement NOTRE référent, notre étalon de mesure à l’aulne duquel nous jugeons le monde et nous même. Nous avançons, pas à pas, timidement, en espérant ne pas tomber, ne voyant que nos pieds et les obstacles, tenant à la force du poignet la route qui nous conduit vers l’inconnu. Si au contraire nous levons les yeux droit devant, l’inconnu devient connu et il éclaire notre route. Ce ne sont plus les obstacles et nous même qui nous servent de repères ou de quotidien, mais la destination qui nous attire. Ce but ultime qui guide nos pas nous permet d’identifier la route et donc les moyens à prendre pour parvenir à notre fin. Dès lors la question n’est plus, comment ne pas tomber, mais comment avancer droit devant ? Ce qui change radicalement la perception du monde, de notre relation à Dieu et donc de notre agir dans le monde. L’agir chrétien ne consiste pas à éviter ce qui est mal, mais résolument à s’attacher au bien. Voilà pourquoi un bien ne peut jamais justifier un mal. Nous ne pouvons, sous couvert d’obtenir quelque chose de bien, commencer par une action mauvaise. Aussi, face à ces questions actuelles, comme dans l’agir quotidien, la question première qui se pose est celle du rapport au Bien ultime qu’est la vie en Dieu et la question qui suit immédiatement est celle du bien intermédiaire qui permet d’atteindre ce Bien ultime. Pour répondre à cette seconde question, il faut garder à l’esprit la nécessité du Bien Commun. Ce que nous faisons de bien à un endroit ne doit pas entraver le bien qui se fait à un autre endroit. Nous sommes là au cœur de la doctrine sociale de l’Eglise. L’agir du chrétien (comme de tout homme, du reste) ne peut se faire, volontairement, au détriment d’une partie de la société. Tenons enfin que le Bien Commun de toute la communauté humaine c’est la vie en Dieu et ultimement la Vision Béatifique. Ce qui signifie que l’action des chrétiens dans le monde doit prendre en considération les problèmes et les souffrances de ce monde, SANS hypothéquer la vie du monde avenir. Autrement dit, le chrétien doit avoir à cœur de sans cesse préparer les voies du Seigneur et ne pas rajouter, sous couvert de générosité, des obstacles sur la route. Or certaines complicités passives, certaines cautions, même partielles, sont autant d’embûches sur la route vers le Ciel, ne serait-ce que par la confusion qu’elles suscitent. Il y a donc bien des situations, des entreprises ou des politiques qui mériteraient d’être ouvertement condamnées, afin de clarifier le chemin. Mais, si dénoncer est indispensable, il faut également proposer. Dénoncer les dérives du Téléthon était nécessaire, il me semble. Mais qu’est-ce que les catholiques ont à proposer ? Il ne suffit pas d’être contre, il ne suffit pas de dénoncer, il faut être pour une autre voie, il faut proposer une alternative concrète. Les discours ne servent à rien s’ils ne sont pas assortis de réalisations concrètes. Réalisations empruntes de l’Evangile, en vue du bien et fondée sur un bien, afin de ne pas mettre en péril le Bien Commun, ni le Bien éternel.

18/12/2006 20:52
Un Bien ne peut jamais justifier un mal (0 commentaire)
Faut-il encore reparler du Téléthon ? La question soulevée par l’observatoire du diocèse de Toulon mérite d’être élargie. L’ambiguïté du Téléthon se retrouve à plus d’un endroit de la société. Bien des organismes, bien des entreprises, bien des lois ont tout à la fois des conséquences bonnes et mauvaises. La polémique autour du Téléthon pourrait donc être généralisée à l’ensemble des entreprises humaines litigieuses. Au fond quelle est la question ? Toujours la même. L’action entreprise nous conduit-elle vers Dieu ou non ? Conduit-elle celui qui la réalise et conduit-elle celui qui en bénéficie ? Pour le chrétien, il ne saurait y avoir d’autre question. Une fois dit cela, tout reste cependant à faire, car chaque situation est unique. S’il revient à l’Eglise de rappeler les grandes lignes de la foi et de la loi divine et naturelle, il appartient, en revanche à chacun de prendre seul face à lui-même et à Dieu (c'est-à-dire en conscience) la décision qui engagera, devant Dieu et devant les hommes, sa responsabilité. Nous avons souvent tendance à nous réfugier derrière la société et par là même à nous excuser de ne pas faire les choix que nous voudrions, parce que le monde est ainsi fait. Mais en réalité, la société en tant que telle ne pose pas d’acte, c’est toujours un homme en tant que sujet qui, au sein de cette société, pose un acte, prend une décision. Que cette décision soit personnelle, collective ou au nom de la communauté, de la société, de l’Etat, ne change rien au fait que ce n’est pas la société qui agit, mais un homme ou un ensemble d’homme. Au final, c’est toujours MOI qui pose un acte et qui en suis responsable. J’aurai beau accuser la société, elle n’ira jamais répondre devant un tribunal. C’est moi qui serais face au juge, face à mes enfants, face à mes proches, pour répondre de mes actes. Seul l’homme a la capacité de faire des choix libres et conscients. L’animal fera un choix d’ordre vital et réflexe. L’homme, lui fait un choix d’ordre moral. La morale n’est pas le catalogue de ce qui est permis ou non, de ce qui est bien ou mal. La morale est d’abord le chemin qui ouvre à la Béatitude. La morale ne nous situe pas dans l’ordre du bien et du pas bien, elle balise un chemin de liberté en vue de la vie éternelle. Ce que regarde la morale ce n’est pas le mal, le péché, le défendu, ni même le bien, le juste, le permis, tout cela n’est qu’étapes et moyens. La morale est tendue vers le but, vers la réalisation ultime, le Bien absolu qui comblera l’homme. La morale ne regarde pas à ses pieds pour ne pas trébucher. La morale ne se regarde pas elle-même pour se dire ‘tu es bien, tu n’es pas bien’. La morale reste les yeux rivés sur Dieu, elle ne voit que Dieu et le monde à travers Dieu. La morale, en définitive, c’est la lumière qui jaillit de Dieu et qui éclaire le chemin de celui qui regarde Dieu. La doctrine sociale de l’Eglise est un des rayons de cette lumière divine. Nous avons tendance à inverser notre conception du monde, de la morale et donc de notre agir quotidien. Notre tendance, en effet est de regarder où l’on met les pieds, de regarder à droite ou à gauche, pour voir ce qu’il y a à côté. Par cette attitude nous restons fermés sur nous même et sur le monde. Nous restons attirés par le monde et ses multiples tentations. Le monde est finalement NOTRE référent, notre étalon de mesure à l’aulne duquel nous jugeons le monde et nous même. Nous avançons, pas à pas, timidement, en espérant ne pas tomber, ne voyant que nos pieds et les obstacles, tenant à la force du poignet la route qui nous conduit vers l’inconnu. Si au contraire nous levons les yeux droit devant, l’inconnu devient connu et il éclaire notre route. Ce ne sont plus les obstacles et nous même qui nous servent de repères ou de quotidien, mais la destination qui nous attire. Ce but ultime qui guide nos pas nous permet d’identifier la route et donc les moyens à prendre pour parvenir à notre fin. Dès lors la question n’est plus, comment ne pas tomber, mais comment avancer droit devant ? Ce qui change radicalement la perception du monde, de notre relation à Dieu et donc de notre agir dans le monde. L’agir chrétien ne consiste pas à éviter ce qui est mal, mais résolument à s’attacher au bien. Voilà pourquoi un bien ne peut jamais justifier un mal. Nous ne pouvons, sous couvert d’obtenir quelque chose de bien, commencer par une action mauvaise. Aussi, face à ces questions actuelles, comme dans l’agir quotidien, la question première qui se pose est celle du rapport au Bien ultime qu’est la vie en Dieu et la question qui suit immédiatement est celle du bien intermédiaire qui permet d’atteindre ce Bien ultime. Pour répondre à cette seconde question, il faut garder à l’esprit la nécessité du Bien Commun. Ce que nous faisons de bien à un endroit ne doit pas entraver le bien qui se fait à un autre endroit. Nous sommes là au cœur de la doctrine sociale de l’Eglise. L’agir du chrétien (comme de tout homme, du reste) ne peut se faire, volontairement, au détriment d’une partie de la société. Tenons enfin que le Bien Commun de toute la communauté humaine c’est la vie en Dieu et ultimement la Vision Béatifique. Ce qui signifie que l’action des chrétiens dans le monde doit prendre en considération les problèmes et les souffrances de ce monde, SANS hypothéquer la vie du monde avenir. Autrement dit, le chrétien doit avoir à cœur de sans cesse préparer les voies du Seigneur et ne pas rajouter, sous couvert de générosité, des obstacles sur la route. Or certaines complicités passives, certaines cautions, même partielles, sont autant d’embûches sur la route vers le Ciel, ne serait-ce que par la confusion qu’elles suscitent. Il y a donc bien des situations, des entreprises ou des politiques qui mériteraient d’être ouvertement condamnées, afin de clarifier le chemin. Mais, si dénoncer est indispensable, il faut également proposer. Dénoncer les dérives du Téléthon était nécessaire, il me semble. Mais qu’est-ce que les catholiques ont à proposer ? Il ne suffit pas d’être contre, il ne suffit pas de dénoncer, il faut être pour une autre voie, il faut proposer une alternative concrète. Les discours ne servent à rien s’ils ne sont pas assortis de réalisations concrètes. Réa